Le doyen des boulangers prend sa retraite
AFFAIRES. Soixante-dix ans après avoir vendu son premier pain dans son village de Saint-Séverin-de-Prouxville, Louis-Georges Déry range son tablier et vend la boulangerie La Fournée à Shawinigan et Le P’tit Boulanger dans le secteur Lac-à-la-Tortue.
“J’étais le doyen des boulangers au Québec, sinon au Canada, sinon au monde”, proclame bien haut Louis-Georges Déry du haut de ses 90 ans. Son histoire n’est pas banale alors qu’il pétrit ses premières pâtes à pain à 20 ans dans la boulangerie du village à Saint-Séverin.
Il fondera une dizaine d’années plus tard une boulangerie aux Îles-de-la-Madeleine où il restera 17 ans avant de la vendre à l’un de ses enfants. À son retour en Mauricie au début des années 1980, il fonde Le P’tit Boulanger à Lac-à-la-Tortue, puis acquiert La Fournée sur le boulevard des Hêtres en 2003.
Cette longévité dans le marché des boulangeries commerciales dominé par deux géants, Bimbo Canada (POM) et FGF Brands (Gadoua), se résume en un principe bien simple dit Louis-Georges Déry : “Ce qui fait le succès d’un commerce, il faut s’en occuper. Il faut être vivant. Il faut être là tout le temps. Des boulangeries commerciales comme la nôtre au Québec, il n’en existe presque plus.”
Voilà un an que le p’tit boulanger regardait pour passer le flambeau, encouragé par deux de ses enfants, Marco et Marlène, impliqués aussi dans la gestion de l’entreprise familiale, mais n’aspirant cependant pas à dépasser leur paternel en termes d’années d’expérience. “Moi, j’étais prêt à continuer un bout, mais mes enfants désiraient vendre. D’ailleurs, on vend quand tu es en bonne santé et la business ici est en bonne santé.”
Par le biais de Repreneuriat Québec – anciennement Centre de transfert d’entreprises – la famille Déry est mise en contact avec un groupe de cinq investisseurs de la région de Trois-Rivières mené par Jean-Philippe Gervais. Le jeune entrepreneur ne s’y connaissait pas dans le domaine de la boulangerie, mais il sait compter, tout comme ses partenaires.
“Moi, je suis un amateur de pain et la première chose que j’ai faite, je me suis acheté du pain de La Fournée et j’ai capoté. En termes de goût, c’est incomparable aux Saint-Méthode, POM et Gadoua dans les épiceries. On a regardé les états financiers aussi évidemment et c’est une entreprise en très bonne santé financière”, raconte Jean-Philippe Gervais qui dirigeait jusqu’à récemment l’ancienne usine Panneaux Maski à Louiseville.
“La boulangerie, c’est sacré”
Les quelque 25 produits de boulangerie de La Fournée et de pâtisserie du P’tit Boulanger se retrouvent dans plus de 130 points de vente en Mauricie. Près de la moitié du chiffre d’affaires de l’entreprise provient cependant des produits de boulangerie fabriqués pour des marques privées. “C’est un marché qui est appelé à prendre plus de croissance dans l’avenir, car il n’y a presque plus de boulangeries au Québec qui font ça”, prévoit Jean-Philippe Gervais.
“Il y a dix ans, on courrait pour avoir des clients et aujourd’hui, ce sont eux qui courent après nous autres”, renchérit Louis-Georges Déry qui vient encore faire son tour dans l’entreprise.
“C’est un homme avec beaucoup d’expérience. L’autre jour, il est venu dans l’usine et il trouvait que la forme des pains n’était pas à son goût. Il s’investit encore beaucoup et on apprécie ça, car pour nous, c’est important que l’héritage qu’il a bâti ici se poursuivre dans l’avenir”, raconte le nouveau propriétaire
“Ça reste encore chez nous parce que pour moi, la boulangerie, c’est sacré”, termine le doyen des boulangers… au monde.
Pour en apprendre plus, vous pouvez vous abonner à leur page Facebook (Boulangerie La Fournée) ou visiter le www.boulangerielafournee.ca/
