Le silo de l’ancienne Belgo démantelé: Shawinigan passe à l’action

SHAWINIGAN.  Après des mois de relances publiques et de discussions sur la responsabilité du site de l’ancienne usine Belgo, la Ville de Shawinigan a décidé de passer à l’action. Le silo dans lequel l’adolescente Victoria a perdu la vie en 2025 est finalement démantelé ce mercredi 30 septembre, aux frais du Groupe Pro-B.

Une décision qui survient alors que la Ville et le gouvernement du Québec se renvoyaient publiquement la responsabilité d’intervenir sur cette portion du terrain de l’ancienne usine.

Adoptée lors d’une assemblée extraordinaire mardi soir, la résolution de la Ville permet de procéder au démantèlement du silo au nom de la sécurité publique. L’entreprise Pro-B a offert de réaliser les travaux, dont la facture est estimée à environ 50 000$.

La famille de Victoria était présente sur les lieux mercredi matin. Le père de la jeune fille, ses sœurs et la conjointe de son père ont assisté au début des travaux, mais ont choisi de ne pas s’adresser aux médias.

« On ne peut plus accepter »

Le maire de Shawinigan, Yves Lévesque, était sur place pour parler aux médias. Il a rappelé que le site de l’ancienne Belgo représente à la fois une partie importante de l’histoire industrielle de Shawinigan et, depuis plusieurs années, un enjeu majeur de sécurité et de décontamination.

« Même si ce n’est pas notre responsabilité, on voulait poser un geste par rapport à cette situation-là », a expliqué le maire.

La situation entourant le silo a pris une tout autre dimension après le décès de Victoria en 2025.

Le maire soutient que des personnes ont continué à accéder au silo malgré le décès et malgré les risques connus. Il affirme que des interventions subséquentes ont notamment permis de constater la présence de moyens permettant encore d’accéder à la structure.

« À partir du moment qu’il y a eu un décès, on aurait dû réagir immédiatement », estime-t-il.

Lévesque déplore également qu’il ait fallu attendre d’autres incidents avant que la situation ne soit réglée.

« Ce n’est pas à nous, mais ce n’est pas vrai qu’on va laisser aller risquer de perdre d’autres vies », a-t-il déclaré.

Pro-B assume les coûts

Le Groupe Pro-B a décidé de s’impliquer dans le dossier et d’assumer les coûts du démantèlement.

Son vice-président, Nicolas Lemelin, explique que l’intervention ne nécessitait pas d’explosifs. Le silo a été progressivement démoli au cours de la journée à l’aide de machinerie lourde.

« On ne met pas de dynamite », a-t-il précisé.

Les travailleurs doivent commencer par grignoter la structure à partir du sommet pour progresser graduellement vers le bas.

La facture devrait se situer autour de 50 000$, bien que le montant final ne soit pas encore connu.

Pour Pro-B, il s’agit d’une façon de contribuer concrètement à la sécurité du secteur.

« On tenait à participer à ça pour justement que la famille de Victoria puisse tourner une page », a expliqué M. Lemelin.

Nicolas Lemelin affirme avoir constaté d’autres dangers lors d’une visite récente du site, notamment des trous, des excavations et des secteurs présentant des risques importants.

La Ville critique le délai du gouvernement

Yves Lévesque a profité de l’occasion pour réitérer ses critiques envers le gouvernement du Québec.

Le maire rappelle que le ministère de l’Environnement est intervenu à différentes reprises sur le site au fil des années et qu’un processus de démolition et de décontamination est déjà prévu.

Selon lui, le gouvernement aurait notamment indiqué que le silo pourrait être démoli au printemps.

Pour la Ville, attendre jusque-là comportait toutefois trop de risques.

« Au printemps, il est trop tard », a lancé M. Lévesque.

La Ville avait donc fixé une échéance au 28 septembre afin que le gouvernement intervienne sur le silo. À défaut, elle a décidé de procéder elle-même.

Une page qui se tourne

Pour Yves Lévesque, la démolition du silo revêt une importance particulière pour les proches de Victoria, qui doivent régulièrement passer devant les vestiges de l’ancienne usine.

Il reconnaît que la démolition ne changera rien au drame qui s’est produit, mais estime qu’elle permettra au moins de faire disparaître un rappel physique de l’événement.

« Ça n’enlève pas ce qui est arrivé, mais au moins, ça va faire en sorte de tourner une page sur un événement triste par rapport à la famille », a-t-il affirmé.

La suite: la revitalisation du site

Le maire souhaite maintenant que la disparition du silo soit suivie d’actions concrètes pour l’ensemble du terrain.

La Ville réclame notamment un engagement clair du prochain gouvernement concernant la décontamination et la revitalisation du secteur.

Yves Lévesque estime que Shawinigan a suffisamment attendu pour voir disparaître les vestiges de son passé industriel dangereux.

« C’est notre entrée de ville. C’était une fierté avant, mais là, ce n’est vraiment pas une fierté de voir ce qu’on voit présentement », a-t-il lancé.

Le maire affirme que le ministère lui a confirmé que des travaux doivent également progresser sur le site au cours des prochains mois.