Le sociologue qui cultivait des poireaux
SHAWINIGAN. C’est l’amour des grands espaces qui a amené Jean-Yves Renel à quitter sa Martinique natale pour s’établir au Québec en 1971 puis à se lancer dans la culture de poireaux et d’asperges à Shawinigan depuis maintenant plus de 35 ans.
“Avant de m’investir en agriculture, j’étais sociologue de formation”, lance le maraîcher qui a complété une maîtrise à l’Université de Montréal avec une spécialité en sociologie de la santé.
Aujourd’hui, Jean-Yves Renel est l’un des plus importants producteurs de poireaux et d’asperges au Québec avec une superficie en culture de 30 hectares pour les premiers et 80 hectares pour les seconds. “L’an prochain, je prévois diminuer un peu les asperges pour augmenter les poireaux.”
La récolte de 2025 aura été sous la moyenne, indique le propriétaire de la Ferme du Domaine située dans le rang Saint-Michel. “On a eu une sécheresse en juillet et ce n’est guère allé mieux en septembre et en octobre”, souligne-t-il avec résignation.
Tranquillement, Jean-Yves Renel augmente ses superficies en régie biologique. “Je fais du bio depuis deux ans, mais la demande est assez stagnante. Donc, on continue dans cette direction-là, mais on ne brusque pas les choses”, raconte celui qui dit pratiquer une agriculture raisonnée, c’est-à-dire en limitant au maximum l’utilisation des engrais et pesticides chimiques.
Comme plusieurs autres exploitations agricoles, la Ferme du Domaine a recours à la main-d’œuvre étrangère pour travailler dans les champs. Au printemps, alors que les jeunes pousses de poireaux doivent être mises en terre et que la récolte d’asperges commence, environ 80 travailleurs sont nécessaires pour accomplir les tâches. À l’automne pour la récolte des poireaux, ils sont un peu plus d’une vingtaine dans les champs.
Alors que les plants d’asperges ont une durée de vie entre 10 et 20 ans, les poireaux sont démarrés à partir de la semence. “On démarre nos semis dans nos serres au mois de mars et on commence la plantation en mai”, explique Jean-Yves Renel qui traite directement avec les trois grandes chaînes (Sobeys, Loblaw et Metro) pour écouler sa production.
“On parle beaucoup d’autonomie alimentaire depuis la pandémie et le gouvernement a mis en place des mesures pour augmenter la production en serres, mais il devra avoir aussi une vraie réflexion quant à la façon de conserver les légumes en sachant qu’ici au Québec, l’hiver est un élément central. Un des enjeux qui nous attend dans les prochaines années, si on veut continuer dans cette logique d’autonomie alimentaire, il faut se donner des moyens pour pouvoir conserver nos produits”, explique Jean-Yves Renel qui entrepose sa récolte de poireaux dans une immense chambre froide avant que le sol ne gèle à l’automne.
Avec le ralentissement économique qui se ressent de plus en plus, le maraîcher ne prévoit pas augmenter ses superficies de culture à court terme. “On se calme parce que par les temps qui courent, il faut s’organiser pour que la trésorerie soit dans un état acceptable pour pouvoir avancer. J’ai toujours pensé que parfois, il vaut mieux même un peu reculer pour mieux rebondir”, conclut avec philosophie Jean-Yves Renel.
