Marc-Antoine Robitaille: le pari du repreneuriat à 25 ans
AFFAIRES. Dans un contexte où des milliers d’entreprises québécoises cherchent une relève, les cas comme celui de Marc-Antoine Robitaille demeurent rares. À seulement 25 ans, il a fait le saut dans le repreneuriat en acquérant les Produits PGM, une entreprise bien établie en Mauricie.
L’histoire de PGM ne date pas d’hier. Fondée dans les années 1970 à Saint-Séverin-de-Proulxville, l’entreprise a longtemps diversifié sa production, allant de la viande en conserve aux sauces. Un incendie majeur en 2016 force toutefois un virage stratégique: liquidation du portefeuille, recentrage complet et relance à Shawinigan autour d’un seul créneau… la mayonnaise.
C’est cette entreprise, recentrée mais solide, que Marc-Antoine Robitaille choisit de reprendre le 1er mars 2025.
“Je n’ai jamais voulu partir quelque chose de zéro. Je voulais racheter, poursuivre une histoire qui existe déjà”, confie-t-il lors d’une visite organisée dans le cadre d’une mission de valorisation du repreneuriat.
Une relève qui ne se présente pas souvent
Le cas de Marc-Antoine Robitaille demeure encore marginal. Au Québec, peu de jeunes de moins de 30 ans accèdent à la propriété d’une entreprise existante. Pourtant, le contexte est favorable: plusieurs dirigeants approchent de la retraite sans relève identifiée.
“Seulement 39 % des cédants ont une relève, et parmi eux, à peine 5 % ont moins de 30 ans”, rappelle Pierre Graff, président-directeur général du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec, de passage à l’usine shawiniganaise.
Le repreneuriat apparaît ainsi comme une voie encore sous-exploitée, malgré des taux de survie largement supérieurs à ceux des entreprises en démarrage.
Avant de poser son choix sur PGM, le jeune entrepreneur originaire de Drummondville et résidant à Trois-Rivières a multiplié les visites d’entreprises à vendre. Le déclic ne s’est toutefois pas fait sur des chiffres, mais sur une rencontre.
“Le “fit” avec les vendeurs est plus important que celui avec l’entreprise. C’est ça qui fait la différence pour la suite”, insiste-t-il.
Approché indirectement par les anciens propriétaires, il amorce un processus d’un an avant de conclure la transaction. Un parcours facilité, entre autres, par un montage financier accessible et un accompagnement stratégique.
“Contrairement à ce qu’on pense, ce n’est pas inaccessible. Un projet bien monté peut se financer sans mise de fonds majeure.”
Aujourd’hui, Produits PGM opère loin des tablettes d’épicerie. Sa production est essentiellement destinée à la transformation alimentaire et à la restauration.
Chaque semaine, l’usine produit environ 50 000 litres de mayonnaise. Une cadence soutenue, alimentée par des volumes d’achat importants qui permettent à l’entreprise de rivaliser avec de plus gros joueurs.
“On n’est pas une grosse équipe, mais on a un pouvoir d’achat comparable. Ça nous donne une flexibilité énorme.”
Cette agilité se traduit par une présence marquée sur le territoire. En Mauricie, plus de 80 % de la mayonnaise utilisée dans certains segments proviendrait de PGM.
Parmi ses réalisations notables: la production d’une sauce à l’ail distribuée sous marque privée pour la chaîne Amir, un partenariat qui dure depuis près d’une décennie.
Une transformation en marche
Depuis son arrivée, Marc-Antoine Robitaille ne se contente pas d’opérer l’entreprise: il la transforme. Image de marque, développement de nouveaux produits, expansion vers l’Ontario, investissements en infrastructures, les chantiers se multiplient.
L’entreprise, qui comptait une dizaine d’employés lors de son acquisition, en compte aujourd’hui douze. L’objectif est clair: atteindre 25 employés d’ici 2029.
“On veut croître, mais intelligemment. Maximiser ce qu’on peut faire avec le moins de ressources possible.”
Cette croissance passe aussi par un projet de relocalisation. Une nouvelle usine est envisagée dans le nord de Shawinigan afin de soutenir l’expansion, un projet de plusieurs millions de dollars.
Une ambition assumée
Le plan de croissance est ambitieux: une augmentation de 375% d’ici 2029. Un objectif qui peut sembler audacieux, mais qui repose sur des bases déjà solides.
“On a eu une croissance de 20 % dans la dernière année. Les opportunités sont là!”
Au-delà des chiffres, c’est aussi la nature du produit qui motive l’entrepreneur.
“C’est concret. Ce n’est pas une pièce industrielle qui disparaît dans un produit. C’est quelque chose que les gens consomment tous les jours.”
Le conseil d’un repreneur
S’il devait résumer son expérience en une leçon, ce serait celle-ci: l’importance de l’entourage.
“Se bâtir une bonne équipe, c’est le plus important. Aller chercher les expertises qu’on n’a pas, ça fait toute la différence.”
Produits PGM c’est…
Production hebdomadaire: 50 000 litres de mayonnaise
Consommation d’huile: 1 camion-citerne aux 5 jours
Consommation d’œufs: 6 à 8 palettes / semaine
Consommation de sucre: 3 palettes / mois
Consommation de sel: 1 palette / semaine
Consommation de contenants (chaudières): 1 à 2 camions / mois
Part estimée du marché en Mauricie: +80 %
