NON aux féminicides
SHAWINIGAN. En réaction à deux féminicides survenus au début de l’année 2026 au Québec, la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie (TCMFM) a organisé, le 8 janvier, une action de visibilité simultanée dans quatre municipalités de la région, dont Trois-Rivières. L’objectif: dénoncer les féminicides et rappeler l’urgence d’agir contre les violences faites aux femmes.
PAR FATOUMATA DAPA/ fdapa@icimedias.ca
Les rassemblements se sont déroulés sur l’heure du midi à Trois-Rivières, Shawinigan, Sainte-Thècle et Louiseville. Lors de cette mobilisation régionale, les noms de Mary Tukalak-Iqiquq, assassinée à Puvirnituq, et de Tadjan’ah Désir, tuée à Montréal, ont été évoqués, toutes deux perpétrées par un partenaire ou un ex-partenaire.
Pour la directrice de la TCMFM, Joanne Blais, la mobilisation visait à rappeler la gravité de ces actes et leur portée collective. “On est là aujourd’hui parce qu’il y a eu deux féminicides qui ont été déclarés depuis le début de l’année. Et on sait que les féminicides sont l’acte ultime le plus violent qu’il puisse y avoir dans une relation homme-femme, donc dans les situations de violence conjugale”, a-t-elle affirmé.
Selon elle, l’objectif de cette action était à la fois de dénoncer les violences subies par les femmes et de sensibiliser la population aux dynamiques de domination et de pouvoir qui les sous-tendent. “L’important, c’est d’en faire parler le plus possible pour sensibiliser la population à ces relations de domination, de pouvoir et de violence, mais aussi pour qu’il y ait peut-être de plus en plus de ressources pour soutenir ces femmes-là, et pour agir en amont en prévention”, a-t-elle expliqué.
Le message central de la mobilisation se voulait sans équivoque. “Non aux féminicides. Les violences faites aux femmes, c’est assez. Il y a des ressources qui sont là pour aider les femmes quand elles sont en situation de violence. Il faut les faire connaître, il faut en parler, puis il ne faut pas hésiter à utiliser ces service”, a souligné Mme Blais.
La directrice rappelle que ces drames ne sont pas des événements isolés, mais la manifestation extrême de violences multiples. “Quand on parle de féminicide, c’est l’acte le plus violent, l’ultime, c’est la pointe de l’iceberg. En dessous de ces féminicides, il y a toutes sortes de formes de violences économiques, sociales, culturelles, psychologiques, maintenant même numériques”, a-t-elle ajouté, soulignant l’importance de sensibiliser la population et de renforcer les ressources disponibles.
La TCMFM insiste également sur la prévention et l’éducation, notamment auprès des jeunes. “Il faudrait qu’on continue à agir en amont de plus en plus en prévention et à investir pour éduquer […] pour des relations saines et égalitaires”, a indiqué Mme Blais, rappelant que plusieurs femmes demeurent sur des listes d’attente pour obtenir de l’aide.
Présente à Trois-Rivières, la directrice générale de la Maison Le FAR, Karine Gendron, a abondé dans le même sens, évoquant la nécessité de changements sociaux durables. “Si on n’apporte pas des changements sociaux, c’est inévitable qu’il y ait des femmes qui vont rester encore, qui vont laisser leur vie”, a-t-elle déclaré, appelant à un financement accru des organismes communautaires et à un meilleur accompagnement des femmes.
Bien qu’aucun féminicide n’ait été recensé de façon officielle en Mauricie en 2025, Mme Gendron a rappelé que des femmes à haut risque d’homicide sont suivies dans la région. “On met des scénarios de protection en place, on fait de la collaboration avec la police, le système juridique, tous les acteurs autour d’une femme pour pouvoir lui apporter une sécurité”, a-t-elle expliqué.
Les intervenantes ont également insisté sur le rôle de la population. “La population peut aussi contribuer à l’élimination des violences faites aux femmes en étant des alliés actifs et actives […] et surtout, de croire la femme quand elle mentionne qu’elle pourrait être dans un contexte de violence”, a conclu Mme Blais.
Par cette action régionale concertée, les organisatrices souhaitaient rappeler que la lutte contre les violences faites aux femmes demeure une responsabilité collective, bien au-delà d’une seule journée de mobilisation. Elles ont réitéré l’importance d’agir en prévention, notamment par un investissement accru dans les maisons d’hébergement et les programmes de sensibilisation.
