Six futurs urbanistes de l’UQÀM revisitent le site de l’ancienne Laurentide
AMÉNAGEMENT. Décidément, les ruines industrielles de Shawinigan attirent l’attention des futurs urbanistes. Une équipe de six finissants du programme Baccalauréat en urbanisme de l’UQÀM a présenté la semaine dernière à leurs professeurs un projet d’aménagement pour le site de l’ancienne usine Laurentide, dans le secteur Grand-Mère.
Il y a cinq ans, c’était de futurs urbanistes formés aussi à l’UQAM qui avaient réalisé un travail similaire, mais pour le site désaffecté de la Belgo. Dans le cas de la Laurentide, Michaëlle Reneault, Lucie Blazkowski, Élodie Brunelle, Jérémie Saracosa, Lorie Deschesnes et Karine Boucher se sont intéressés au site parce que la famille d’une des membres du groupe – Élodie Brunelle – est établie à Shawinigan et était au fait du contexte de l’ancien moulin à papier fermé en 2014.
Les six universitaires ont travaillé une bonne partie de la dernière année scolaire sur ce projet qui constitue le point d’orgue de leur parcours académique. Ils sont venus à deux reprises étudier le site qui était encore, à ce moment-là, propriété de Nemaska Lithium avant de passer aux mains de Pro-B en fin d’année 2025.
“Notre proposition d’aménagement couvre environ 25 hectares”, explique en visioconférence Lucie Blazkowski. La grande majorité de l’aménagement fictif est localisée où était situé le cœur de l’ancienne usine, dans la partie basse donnant accès à la rivière Saint-Maurice.
Des bâtiments dans la partie supérieure, donnant sur l’avenue Chahoon, sont néanmoins réquisitionnés dans le projet. Le Time Office est rénové et les anciens entrepôts de briques, à côté de la voie ferrée, sont convertis en centre communautaire pour la population.
Même l’Ancienne centrale de Grand-Mère, voisine de l’ancienne papetière, trouve une nouvelle vocation. “Nous verrions bien l’Université Concordia s’y installer pour faire ses nouveaux laboratoires”, explique Michaëlle Reneault en référence aux projets de l’université anglophone à Shawinigan en lien avec la Vallée de la Transition Énergétique.
“Globalement, notre projet tourne autour de trois axes : rajouter du logement dans le secteur Grand-Mère où le taux d’occupation est super élevé, mettre en valeur et redonner accès à la rivière Saint-Maurice à la population et préserver l’historique du site en récupérant les anciens bâtiments”, mentionne sa collègue Lucie Blazkowski.
1700 unités d’habitation et 1,1 MM$
Parce que le site est en pente avec un dénivelé de près de 40 mètres jusqu’à la rivière, les futurs urbanistes ont prévu d’y construire des bâtiments en gradin. “Au sommet de la falaise, tu as des édifices plus hauts et plus tu te rapproches de la baie, ils sont plus bas avec un maximum de trois étages en bordure de la rivière”, décrit Michaëlle Reneault. Le projet inclut un petit pôle commercial pour les gens qui habiteraient le quartier. Au total, 1700 unités d’habitation y seraient construites, donc 10% de logement hors marché, la nouvelle désignation pour qualifier les logements abordables.
Le projet des six étudiants prévoit de conserver les espaces boisés sur le site et même d’y aménager des sentiers pour donner accès à la zone d’habitation. La route qui longerait la rivière dans le quartier serait exclusivement réservée aux piétons et cyclistes.
Le document préparé par le groupe d’étudiants comprend un montage financier. Évalué à 1,1 milliard$ sur différentes phases, la majeure partie du financement proviendrait des promoteurs immobiliers, soit 850 millions$. La Ville de Shawinigan prendrait à sa charge la construction des infrastructures municipales tandis que le gouvernement du Québec assumerait les coûts reliés à la décontamination du site.
“Je pense que c’est un beau projet qu’on a développé. Nous avons fait beaucoup d’analyses commerciales, des typologies des bâtiments, socio-économiques du secteur Grand-Mère avant de développer nos propositions. On croit avoir présenté un projet qui respecte l’historique du secteur et les besoins de la population”, termine Lucie Blazkowski.
Une vocation résidentielle ou industrielle?
Notons qu’en 2023, après le départ de Nemaska Lithium, la Ville de Shawinigan avait adopté un nouveau plan d’aménagement pour le site de l’ancienne usine Laurentide. Elle y prévoyait un espace pour de l’industriel léger, une piste cyclable et/ou un espace vert, une zone pour du développement résidentiel et/ou villégiature et/ou commercial (type resort), une zone d’emplois (industriel léger, serres) et/ou divertissement et/ou résidentiel multifamilial.
Même une voie de circulation automobile était proposée au cœur même de tout le site, allant de la marina jusqu’au bout de l’avenue Chahoon. C’était cependant avant que Pro-B n’acquière le site en décembre 2025 et veuille y développer une activité industrielle, tout en projetant des unités d’habitation dans la partie élevée du site où sont les anciens entrepôts de la Laurentide.
