“Travailler, ça me rend fier” 

SHAWINIGAN.  La Ville de Shawinigan franchit une nouvelle étape dans sa lutte contre l’itinérance. Entourée de partenaires du milieu communautaire et institutionnel, elle a dévoilé le vendredi 19 juin dernier un Cadre stratégique pour prévenir et réduire les situations d’itinérance, accompagné d’un plan d’action concerté pour les trois prochaines années.

Mais au-delà des documents et des engagements, c’est surtout le lancement du programme TAPAJ (Travail alternatif payé à la journée) qui a donné un visage humain à cette démarche collective.

Porté par l’organisme TRàSH – Travail de rue à Shawinigan, TAPAJ s’adresse aux personnes vivant une grande précarité sociale et financière. Le programme leur offre des occasions de travail rémunéré à court terme, sans obligation à long terme, dans une approche de réduction des méfaits.

Pour Laurie-Ève Therrien, adjointe à la direction du TRàSH, le projet répond directement à des besoins observés sur le terrain.

“On voit le besoin de se rassembler, de créer des espaces sécuritaires, mais surtout le désir profond de passer à l’action”, a-t-elle expliqué lors du lancement.

Selon elle, TAPAJ représente bien davantage qu’un simple programme d’employabilité.

“C’est une porte d’entrée vers la reprise de pouvoir sur sa propre vie.”

Les participants, appelés les “tapageurs”, réalisent des travaux utiles à la communauté tout en recevant une rémunération immédiate. Les bénéfices dépassent largement l’aspect financier.

“C’est se lever le matin avec un objectif, regagner confiance, se sentir utile, reconnu et valorisé. C’est aussi briser l’isolement et renouer avec un sentiment d’appartenance”, a résumé Mme Therrien.

Un témoignage porteur d’espoir

Le moment le plus marquant de la conférence de presse est toutefois venu du témoignage de Pascal, l’un des premiers participants au projet pilote.

Ancien travailleur, il raconte que sa vie a basculé à la suite de problèmes de santé qui l’ont forcé à quitter le marché du travail.

“Toute ma vie, c’était travailler. La journée où je suis tombé sans travail, toute ma vie a pété”, a-t-il confié avec émotion.

La perte de son emploi a entraîné une série d’épreuves personnelles qui l’ont progressivement mené vers une situation de grande vulnérabilité.

Lorsqu’on lui a présenté TAPAJ, il n’a pas hésité longtemps.

“Travailler, pour moi, c’est important. Je me sens fier. Ça fait du bien. Ça fait du bien de se sentir utile.”

Pascal affirme avoir retrouvé une partie de cette fierté lors des premiers plateaux de travail réalisés dans le cadre du programme. Il a notamment participé à la remise en état des estrades du parc Tamarac.

Au-delà du travail accompli, il souligne l’approche humaine des intervenants.

“Ils m’ont parlé gentiment. Ils ont été friendly. Il n’y a rien de mieux pour mettre quelqu’un à l’aise.”

Aujourd’hui, il dit poursuivre ses efforts pour reprendre sa vie en main.

“J’ai commencé à changer. J’ai arrêté de prendre la drogue. J’ai arrêté de prendre l’alcool. Aujourd’hui, je vais mieux. Je suis capable de fonctionner!”

Une stratégie concertée

Le lancement de TAPAJ s’inscrit dans une démarche plus large. Le nouveau cadre stratégique est le fruit d’un travail réunissant la Ville, Santé Québec Mauricie-Centre-du-Québec, la Corporation de développement communautaire (CDC) de Shawinigan ainsi qu’une vingtaine d’organisations partenaires.

Le maire Yves Lévesque a insisté sur l’importance des résultats concrets plutôt que sur les structures elles-mêmes.

“Quand on fait quelque chose, ce qui est important, ce sont les résultats”, a-t-il affirmé.

Le premier magistrat a d’ailleurs cité le témoignage des premiers participants comme preuve de l’impact du programme.

“Quand quelqu’un nous dit que ça lui a redonné de l’estime de soi et que ça ne lui a même pas donné le goût de boire, c’est incroyable comme témoignage.”

Pour sa part, le directeur du programme santé mentale adulte, dépendance et itinérance à Santé Québec Mauricie-Centre-du-Québec, Dave Fillion, a rappelé que l’itinérance demeure une réalité complexe qui nécessite une réponse coordonnée.

Il a indiqué que l’équipe de proximité déployée à Shawinigan a réalisé plus de 2000 interventions auprès de plus de 120 personnes au cours de la dernière année.

“Derrière chaque situation, il y a une personne, une histoire et des besoins qui nécessitent des réponses adaptées, humaines et accessibles”, a-t-il souligné.

La Ville comme premier employeur

La Ville de Shawinigan agira comme premier partenaire employeur du programme TAPAJ sur son territoire.

La directrice générale Kim Dumais a expliqué que la municipalité n’avait aucune obligation légale d’intervenir dans ce dossier, mais qu’elle a choisi de le faire par conviction.

“Ce qu’on annonce aujourd’hui, c’est fait simplement sur la base du cœur et des valeurs qu’on partage avec nos partenaires”, a-t-elle déclaré.

Le conseil municipal avait déjà réservé une enveloppe de 300 000 $ provenant du Fonds régions et ruralité afin de soutenir certaines actions prévues au plan d’action 2026-2029.

Pour les promoteurs du projet, la prochaine étape sera maintenant d’assurer la pérennité du financement afin que TAPAJ puisse poursuivre sa croissance.