Une vie au rythme des abeilles

NOTRE-DAME-DU-MONT-CARMEL. On le devine à son nom ou encore au tatouage alvéolé sur son bras, mais la vie de celle qui se fait appeler Émilie Bee tourne autour des abeilles depuis belle lurette. Celle qui a grandi aux côtés d’un père apiculteur effectuait déjà à 14 ans son premier sauvetage d’essaim.

Aujourd’hui encore, ce sont elles qui donnent le rythme à son quotidien. Derrière les impressionnantes vidéos de sauvetages qui circulent sur les réseaux sociaux se cache surtout une apicultrice passionnée, convaincue que le travail des abeilles est essentiel à l’agriculture. “ S’il n’y avait pas d’abeilles, il n’y aurait pas de pollinisation. Il n’y aurait pas de fruits juteux et sucrés. Il n’y aurait pas de feuilles dans les arbres pour filtrer notre air. Les abeilles font une différence partout. S’il n’y a pas d’abeilles sur la Terre, il n’y a plus de vie ”, résume-t-elle.

Derrière cette passion se cache aussi un important saut dans le vide. Après avoir travaillé plusieurs années dans le domaine de la construction, où elle était monteuse d’acier, Émilie Bee a choisi de tout miser sur son rêve. “ J’étais tannée de travailler pour le rêve des autres ”, résume-t-elle. Celle qui avait même construit sa propre maison l’a revendue afin d’acheter sa terre à Notre-Dame-du-Mont-Carmel et d’investir dans son entreprise apicole. “ Tout l’argent que j’ai eu, je l’ai investi dans les abeilles ”, raconte-t-elle.

Depuis près de 25 ans, Émilie Bee gravite dans l’univers apicole. Malgré toutes ces années qui se sont écoulé et tous les sauvetages qu’elle a accomplis, elle apprend encore chaque jour sur cet insecte fascinant. Elle ne se lasse toujours pas de répondre à l’appel lorsqu’un regroupement d’abeilles s’installe dans un arbre, un grenier ou même sur un bâtiment commercial.

Selon les endroits où les essaims se sont installés, chaque intervention est différente. Dans un arbre, il suffit parfois de récupérer la reine pour que toute la colonie la suive jusqu’à la ruche. Lorsqu’elles se sont installées dans les murs d’une maison ou dans un grenier, le travail devient beaucoup plus minutieux. Les rayons doivent être découpés un à un puis replacés dans de nouveaux cadres afin de donner à la colonie toutes les chances de survivre. “ Il faut vraiment faire les choses avec précaution ”, explique-t-elle.

Ces interventions ne sont pas banales, car c’est une façon pour Émilie d’aider à la préservation des colonies qui joueront ensuite leur rôle dans les champs et les vergers. “ Les abeilles ont une mission. Elles pensent à leur colonie. Elles se préoccupent de leur reine. Le reste, elles s’en foutent un peu de nous ”, image-t-elle. Selon elle, les abeilles souffrent encore d’une mauvaise réputation. “ Les gens pensent qu’elles vont les attaquer. Pourtant, normalement, elles ne piquent pas. Si une abeille pique, c’est souvent parce qu’on l’a accrochée ou qu’elle sent un danger. Elle, elle est occupée à récolter du pollen et du nectar ”, explique-t-elle.

60 000 abeilles avaient élu domicile dans le hangar d’Émilie Bee. (Photo Stéphanie Paradis)

Son travail consiste avant tout à offrir aux colonies les meilleures conditions possibles pour qu’elles poursuivent leur mission. “ Je veux leur donner un clé en main. Je veux que ce soit le plus facile possible pour elles de poursuivre leur travail ”, résume l’apicultrice qui, au moment de l’entrevue, déplace un essaim d’abeilles qui s’est tout bonnement installé dans son hangar, afin de créer une toute nouvelle ruche. Le hasard a voulu que ces abeilles choisissent les terres d’une apicultrice !

C’est d’ailleurs avec une grande aisance et sans aucune protection qu’Émilie Bee déménage les quelque 60 000 abeilles ayant élu domicile sur ses terres à Notre-Dame-du-Mont-Carmel. Le lourd bourdonnement qui l’entoure ne l’importune aucunement. “ Je trouve ça zen ”, dit-elle. Il fut pourtant une époque où elle se faisait piquer plus de 200 fois par jour, jusqu’à ce qu’elle change son mode de vie. “ En changeant mon état d’être et mon attitude, du jour au lendemain, j’ai arrêté de me faire piquer ”, assure-t-elle.

Les défis de l’apiculture

Les apiculteurs se doivent notamment de surveiller de près le varroa, un parasite responsable d’importantes pertes de colonies. “ Les traitements, il faut les faire religieusement. Sinon, pendant l’hiver, le varroa est exponentiel ”, explique Émilie Bee. Mais les parasites sont loin d’être les seuls défis auxquels elle doit faire face. Cette saison, les épreuves n’ont pas manqué : une ruche volée, un rucher ravagé par un ours et un grave accident de moto survenu au printemps. Ce dernier événement aura d’ailleurs changé sa façon de voir les choses. “ Ça donne encore plus le goût de vivre ses rêves. Et surtout, de les vivre pour soi-même ”, confie-t-elle simplement.

Cette réflexion l’amène aujourd’hui à revoir son entreprise. Plutôt que de multiplier les ruches pour la pollinisation commerciale, elle souhaite mettre davantage son expérience au service des autres apiculteurs. “ Je veux aider les autres. Quelqu’un qui a besoin d’un coup de main pour ses inspections ou pour prendre soin de ses ruches, je vais être là. Faire la différence dans la vie des autres apiculteurs, ça m’allume plus que de toujours réinvestir dans une plus grosse production ”, explique-t-elle.

“ Moi, quand j’arrive près de mes ruches, je me pose. Ce n’est pas moi qui gère. C’est elles. C’est moi qui m’adapte à leur univers ”, conclut-elle.