Bryan Perro: au nom du père et du fils…

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Par Bernard Lepage
Bryan Perro: au nom du père et du fils…
''Eul'Blond'', un roman autobiographique signé par Bryan Perro. (Photo : Courtoisie)

ROMAN. C’est un véritable livre coup de poing que vient de publier Bryan Perro avec Eul’Blond.

Le déclic de ce roman autobiographique est survenu le 2 novembre 2019 lors du décès d’André Perreault, son père qui a signé durant 50 ans des chroniques dans L’Hebdo du Saint-Maurice et La Voix de Shawinigan. «Lorsque j’ai été le voir à l’hôpital une dizaine d’heures avant sa mort, ça faisait 10 ans que je ne l’avais pas vu», confie Bryan Perro.

En 2002, l’écrivain avait publié Pourquoi j’ai tué mon père, un court roman relatant l’histoire d’un jeune adolescent de 12 ans courant le marathon de Montréal de 1980 sous l’incitation de son père. Un récit de sa propre expérience en fait.

«C’était une bonne histoire, mais surtout une tentative d’amorcer une conversation avec mon père sur ce que j’avais vécu, notre relation. J’ai eu une jeunesse atypique et un peu invraisemblable, témoigne-t-il. Cette conversation-là, elle n’a jamais eu lieu. À partir de là, ma relation avec lui n’a plus jamais évolué. Elle a même dévolué jusqu’à sa mort.»

«Ce roman, c’est un retour sur moi, sur l’enfance. Au final, ça me laisse encore plus de questions que de réponses.» – Bryan Perro

Eul’Blond – pour  »Eille  le blond » comme lorsque son père s’adressait à lui – est donc une version enrichie et plus étoffée de ce récit écrit il y a 18 ans. «Je n’avais pas à l’époque la maturité que j’ai aujourd’hui comme écrivain de 52 ans. Cette conversation-là, j’avais à la finir pour moi», poursuit Bryan Perro conscient que ce livre pourra écorcher les personnes gravitant dans l’orbite familiale qui se reconnaîtront inévitablement même s’ils ne sont pas identifiés. «Je ne nomme personne, car je n’avais pas envie de les stigmatiser. De toute façon, ça n’apporterait rien à l’histoire», explique l’auteur.

Un chapitre par kilomètre

Déclinée en 42 chapitres pour les 42 kilomètres d’un marathon, l’histoire reprend la métaphore de la migration d’un troupeau de gnous (bœufs africains) mené par le grand gnou, le géniteur, le père.

Bryan Perro ne s’en cache pas, l’écriture de Eul’Blond s’est avérée une expérience pénible par moment. «Lorsque je suis revenu de l’hôpital après son décès, j’ai relu des passages de Pourquoi j’ai tué mon père et je me suis immédiatement mis à l’ordinateur pour en réécrire des bouts. Cela a été un mouvement naturel pour faire le point. Comme si sa mort me permettait de me relancer dans ma vérité à moi. Des fois, je me demandais si je devais écrire ça. Pis finalement je le faisais. Je dirais que la rédaction de ce roman a été plus difficile que n’importe quel Amos Daragon que j’ai écrit dans ma vie.»

Dans la conclusion du roman, le jeune Bryan refuse de franchir la ligne du 42e kilomètre sous les yeux de son père implorant, désespéré de cette insubordination à l’autorité parentale. «En réalité, je l’ai complété et j’ai eu ma médaille du marathon, mais je me suis permis une licence poétique pour dire que dans la vie, on a le droit de ne pas franchir des lignes», poursuit celui qui a écrit ce roman pour signifier qu’il est possible de se sortir de n’importe quelle situation. «Les temps changent et ça devient autre chose», raconte-t-il.

Bryan Perro est conscient que ce livre donnera pour certains une image diminuée de son père, un homme qui aimait se projeter dans la lumière. Il dit toutefois savoir reconnaître que cette éducation hors-norme a contribué à l’homme qu’il est aujourd’hui. «Quand à 12 ans dans un marathon, tu pognes un mur et que tu passes au travers, tu acquiers une confiance en toi qui est inébranlable par la suite. Alors, je suis conscient que la discipline que j’ai, c’est grâce à ça. Mais à choisir entre être un peu moins discipliné, avoir une moins grande confiance en moi et avoir une relation enrichissante avec mon père, je prendrais celle-ci», termine-t-il.

 

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