Conte de Noël: Tupolev 154 à Casey

Par superadmin

Il faisait un soleil radieux lorsque l’appareil russe de la compagnie Aéroflot surgit d’entre les nuages, pour survoler la veille piste militaire de Casey. Celle même ou l’escadron Weymontashik de la R.C.A.F. avait été affecté en 1955.

Jean d’Arc Simard, du secteur Shawinigan-Sud, nous a fait parvenir il y a quelques jours un conte de Noël de son cru. Le récit est inspiré de l’histoire de certains autochtones de Obijiwan et de Wemotaci, qui sont descendant direct du peuple russe. L’énorme piste construite par la RCAF (Royal Canadian Air Force) est toujours présente dans le décor. Dans ce conte, elle revit par la magie des mots. Tous les personnages de ce récit sont réels, seuls les prénoms ont été changés par souci de confidentialité. Résidant de Parent en saison estivale, M. Simard a été inspiré par plusieurs visites à la piste de Casey ainsi qu’à la réserve de Wemotaci qui l’ont incité à pondre ce conte. Un récit de Noël relatant l’histoire de la famille Elzirof, le tout parfumé de la blancheur hivernale de ce coin de pays.

Un énorme nuage de neige entourait l’appareil qui avec ses feux scintillants allait se poser.

Le bleu royal de la carlingue et le rayonnement du soleil sur les ailes d’aluminium illuminait la veille piste qui semblait revivre. L’appareil Tupolev T.U. 154 qui transportait 60 passagers avait quitté New-York et se dirigeait vers Moscou, lorsque qu’au dernier point repère direction Baie d’Ungava, tout le système de communication et les radars tombèrent en panne.

Le commandant Pouskine utilisa la navigation de base pour ramener son appareil à Casey. Les informations stipulaient que la piste 05 avait 1.5km de l’est à l’ouest et était en bon état.

L’appareil s’immobilisa en bout de piste. Les passagers furent avisés qu’il n’y avait plus aucun danger. Après s’être vêtu chaudement le commandant et son adjoint descendirent de l’avion pour aller chercher de l’aide. La température était de -30 degrés celcius. Ils empruntèrent le corridor de service qui reliait le centre de la piste à l’endroit ou jadis il y avait eu des bâtiments, ils traversèrent le magnifique pont construit par la R.C.A.F. . Arrivés à un croisement de route, les traces dans la neige leurs indiquaient qu’il y avait de la circulation automobile.

Environ un kilomètre plus loin ils aperçurent des petites maisonnettes recouvertes de neige, avec des filets de fumés qui s’entremêlaient à la neige poudreuse que les sapins voisins laissaient s’échapper.

Ils frappèrent à la porte de celle qui était muni d’une galerie ou était accroché lièvres et perdrix. La porte s’ouvrit George Petiquay qui en avait vu bien d’autres, se demandait bien qui était ces deux hurluberlus avec leur grand manteau noir et ces chapeaux de fourrure qui leur donnait l’apparence de balbuzard sauvage. À l’invitation de George ils pénétrèrent dans l’humble demeure.

Comme tout amérindien qui à une certaine époque guidait les américains venant à la pêche sur le Réservoir Gouin, George avait une assez bonne connaissance de la langue anglaise. Rapidement il comprit que ce grand gaillard avec un drôle d’accent avait atterri sur la piste et avait besoin d’aide. Avec son radio émetteur il communiqua l’information aux autorités en place à la réserve de Wemotaci situé environ 30 kilomètres plus à l’est.

Amicalement avec cette forte odeur de fumé dans la pièce George conversa avec ses deux invités, il leur servi un breuvage chaud fait de plante qu’on récoltait dans la forêt environnante; c’était le thé du Labrador ou Groenland.

Quelques temps plus tard deux véhicules de la police Atikamekw, avec à son bord le chef de bande, pénétrèrent tout gyrophares allumés dans le chemin enneigé conduisant à la petite maisonnette.

Les véhicules étaient munis de téléphone satellite, le commandant pu communiquer avec les autorités de Transport Canada pour les aviser de la situation.

Des arrangements furent pris pour acheminer à Casey des techniciens et du ravitaillement. Le commandant fut avisé qu’il fallait compter au moins 24hr avant que la situation ne redevienne à la normale.

Transport Canada demanda à Ernest Niqui s’il était possible d’héberger l’équipage et les passagers du vol 530 à la réserve amérindienne.

Il était déjà sur son radio-téléphone à donner des directives pour le transport et l’hébergement quand le commandant Pouskine s’assied sur la banquette arrière. On prit la direction de la piste ou l’appareil semblait dormir. De grosses échelles d’aluminium avaient été glissées du compartiment bagages et plusieurs passagers marchaient sur la piste enneigé.

On était le 24 décembre, le soleil laissait échappé quelques rayons rougeâtres sur cette nature sauvage. Le commandant avisa tout le monde de la situation, ils allaient séjournés chez les autochtones Atikamekw du Québec. À l’annonce de cette nouvelle, tous les passagers, la plupart artistes, danseurs, musiciens, poètes, qui avaient donné de multiples représentations aux U.S.A. sourirent allègrement.

Au même moment, dans cette blancheur immaculée une file de véhicules disparates arriva. C’était le transport.

Le chef d’orchestre s’assura qu’on amène certains instruments, après tout on approchait la nuit de Noël.

L’air interrogatif, par groupe ils prirent place dans les véhicules, conduits par ces personnages haut en couleur qui de par leur origine provenaient d’Amérique Central.

Cette route toute blanche qui sillonnait les montagnes, la froidure qui s’intensifiait en cette fin de jour ne dépaysa point ces russes qui étaient habitués à un dur climat.

Tout était en place à la réserve de Wemotaci lorsque les premiers véhicules du convoi arrivèrent. Des lits avaient été aménagé à l’école, au Centre Culturel les préparatifs pour le ‘Pow Wow ‘ de Noël avaient prit un autre sens : « Car on allait avoir des invités de marque ».

L’immense tipi et la grosse pièce de viande que l’on faisait cuire à l’extérieur suscitèrent un vif intérêt chez les nouveaux arrivants.

Tous furent conviés au « Pow Wow » de Noël.

De voir ces musiciens avec ces beaux instruments qui comme de l’or reluisait dans la nuit, se diriger vers le Centre Communautaire avec les enfants qui gambadaient joyeusement autour d’eux, était un beau spectacle pour les anciens qui comme à leur habitude préféraient demeuré en retrait.

Deux peuples, deux cultures, les russes dansaient avec de jeunes autochtones, d’autres se regroupaient autour d’interprètes, des chants entonnés par les uns étaient enchaînés par des hymnes russe.

Tout était harmonieux, aucun metteur en scène n’aurait pu agencé une telle soirée. Des amitiés se lièrent et certains jeunes autochtones essayaient de jouer de ces beaux instruments que leurs amis russes maniaient avec tellement de facilité. À la porte d’entrée du centre, Ernest Iserhoff , qui demeurait au Réservoir Gouin, regardait le regard attendri ce beau spectacle. Après que quelqu’un lui eu tapé sur l’épaule, il se retourna : il eu tout un choque. Il avait l’impression de se trouver devant son sosie. En anglais le chef d’orchestre lui demanda son nom. Ernest lui répondit. L’autre très surpris lui dit : Je m’appel Alexander Iserhoff.

Certes Ernest se souvenait que son grand-père était d’origine russe, et qu’il était matelot à bord d’un bateau qui avait fait naufrage sur les côtes de la Baie James.

Aucun doute dans l’esprit d’Alexander qui savait que le frère de son grand-père avait quitté la Russie et avait choisi de demeurer avec ses amis autochtone à l’arrivée des secours, était bel et bien le même personnage. Alexander prit Ernest dans ses bras et l’embrassa généreusement, à la manière russe ensemble ils se mirent à danser.

C’était l’euphorie chez les autochtones, les russes dansaient pour montrer leur joie.

Aux petites heures du matin tous allèrent se reposer le cœur léger par tant d’allégresse. À la piste le gros appareil Russe dominait par sa taille le Jet de Transport Canada qui avait amené techniciens et mécaniciens. Un gros camion citerne venu de La Tuque était à faire le plein sous l’œil du commandant Pouskine.

Tout le système de communication et de radar était revenu à la normal durant la nuit, aucune anomalie n’avait été décelée par les techniciens.

Qu’avait-il bien pu se passer? Tous l’ignoraient mais pour plus de sécurité deux techniciens accompagneraient le vol jusqu’à Moscou.

Tout les résidents de la Réserve se rendirent raccompagnés leurs invités à Casey, autour de l’avion des adieux émouvants, Alexander tenait dans ses bras la veille mère d’Ernest, Elizabeth qui ressemblait à si méprendre à une vieille dame russe d’une certaine époque.

Les russes pénétrèrent dans l’avion, certains transportant des capteurs de rêves, d’autres des mocassins en peaux d’orignal et différents produits artisanaux amérindiens.

Vêtus de gros casques de poils soviétiques, les enfants se lançaient des boules de neige dans l’ombrage laissé par les immenses ailes de l’appareil.

Ernest salua de la main son peuple, il allait accompagner Alexander à Moscou pour enfin connaître ses origines.

La neige poussée par les réacteurs comme une tempête balayait tout, annonça que l’appareil reprendrait son envol sous peu. La vieille piste allait se rendormir avec son immense tapis blanc qui allait la protéger de la froidure.

D’un pas lent les autochtones quittèrent pour retourner à leur quotidien.

Tout près de la piste une gélinotte huppée s’était posée sur la blanche neige, laissant la légère brise caressé son plumage, autour la neige accumulé sur les branches des sapins tombait, laissant présagé une présence.

Au loin on entendit le son des clochettes qui dans la froidure de l’hiver s’éloignaient.

Paix sur terre aux hommes de bonne volonté.

Joyeux Noël. – Jean d’Arc

Shawinigan-Sud

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