CLAUDE GILL: Balade à Varanasi

Par Claude Gill

Le soleil se lève sur le Gange. Comme des gamins, les premiers singes s’agitent sur les toits, tandis que quelques cerfs-volants se déploient déjà au-dessus de nos têtes. Surplombant le fleuve, je prends ma malarone, quelques immodium et mon café sur la terrasse en lisant le journal. Comme un film en slow-motion, une autre journée se dessine à Varanasi.

The Hindu, ce journal national depuis 1878, rapporte ce matin que Salman Rushdie fait encore des siennes bien malgré lui, 23 ans après la publication de ses Versets Sataniques. Invité au Festival de Littérature de Jaipur, sa présence n’est guère appréciée surtout par les gens de religion musulmane et sa sécurité est donc compromise. À la très grande déception des organisateurs, Salman Rushdie a préféré passer son tour.

Après le déjeuner, j’étends quelques vêtements à sécher sur une corde sur le toit de l’immeuble et je pars marcher sur les ghâts, ces escaliers qui descendent au Gange. C’est le quotidien ici. Les gens font la lessive de leur linge, pour ensuite lessiver leur effet personnel, vraiment personnel! Les vaches, toujours les vaches, peinent à escalader et descendre toutes ces marches. Certaines y perdent pied et s’affaissent pour ne pas dire s’effoirent.

En errant sous ce beau soleil, je croise un salon funéraire en plein air. Tout un boucan! Il y a des corps qui brûlent partout, d’autres en attente et qui s’impatientent de brûler, des cérémonies et des familles en deuil. Toute une busine$$. Les morts les plus fortunés ont du meilleur bois et de meilleurs sites pour leur crémation. Pour les plus pauvres qui ne peuvent se payer quelques bouts de bois à brûler, il y a un crématorium électrique en amont du fleuve. J’irai voir.

Je me retire du salon, monte les dernières marches pour aboutir à des labyrinthes de corridors remplis d’étals et de boutiques. Vire à gauche, vire à droite, avance et recule, je débouche enfin sur une des rues principales… évidemment bruyante et bourrée de gens.

Une vache me barre la route. Pour la faire bouger, je la tabasse sur une fesse en lui criant "Tasse-toi ma s@/$%?&* et cesse de chier sur la moquette!" La sacrée vache ne bougea pas, je l’ai contourné. Et je continue à marcher dans cette marée humaine et motorisée à la recherche de quelque chose de rare dans cette ville sainte. Dans cette ville oû l’on trouve de tout, il y demeure tout de même quelque chose d’extrêmement rare.

Tout bonnement, je trouve un magasin oû ils vendent de la bière. C’est tout comme trébucher sur un verre d’eau dans le désert. Magasin très bien caché et la bière étant extrêmement rare dans cette sacrée ville, c’est aussi une très bonne busine$$.

Maintenant 17h et après quelques achats, je refais le labyrinthe à l’envers et retrouve mon chemin pour rentrer chez moi au Sita Guesthouse. Quelques mètres devant l’hôtel, un singe plus drôle que les autres saute de bâtisse en bâtisse vêtu d’une chemise en jeans. Vraiment comique celui-là!

J’allume. Hey t@/$%?&*, c’est ma chemise qui était à sécher sur le toit de la terrasse!!!

Bye……..b……y……e……………C…..l……a..u…..d……………………………..e……………………

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