Comme un enfant dans la jungle

Photo de Patrick Vaillancourt
Par Patrick Vaillancourt

EXPLOIT. Le Shawiniganais Carl Boulianne est de retour chez lui depuis mercredi soir, et il a encore du mal à réaliser qu’il a vaincu tous les défis présentés par le Jungle marathon dans la forêt amazonienne du Brésil.

«Je n’ai jamais fait quelque chose d’aussi difficile de toute ma vie. Je suis allé chercher ma limite. Je suis content d’avoir géré mes efforts pendant toute la semaine et de l’avoir complété. Je n’ai aucun regret. Mais je ne suis pas certain que je referais cette aventure. Si je refais une course par étape, ça sera dans une place où il fait moins chaud parce que je suis vraiment écoeuré de la chaleur! La température de 40 degrés avec l’humidité, c’est hallucinant, et il fait encore plus chaud dans la jungle!»

La demande en mariage

La photo de la demande en mariage réalisé par Carl à la ligne d’arrivée a fait le tour du monde. «Je ne pensais jamais que ça allait prendre de telles proportions. On avait déjà parlé de mariage ma blonde et moi, mais sans rien prévoir. Dans ce type d’événement, tu deviens intime avec les autres. On parle beaucoup de nos familles. Et la question "What about your wife?" (Parle-moi de ta femme) revenait fréquemment. Je répondais qu’elle était ma petite amie. Ça m’a frappé. Ça juste concrétisé que je voulais marier cette fille-là! Ce n’était vraiment pas dans mes plans avant de partir. Mais c’était évident là-bas que c’est ce que je voulais. Elle aussi parce qu’elle a dit oui sur Facebook et j’ai vu sa réponse en texto en arrivant à ma chambre.»

Les anecdotes

Le Shawiniganais évoque la difficulté de cette course, autant sur le point physique que psychologique. «J’ai dû me parler psychologiquement plusieurs fois. Notamment la première fois que j’ai mis mon pied dans un marécage. Le pied s’enfonce et tu sais qu’il y a des serpents.»

Sans hésitation, Carl Boulianne affirme que c’est grâce à son fils s’il a pu compléter les 254 km. «Avant de partir, mon plus vieux m’a demandé de lui rapporter la médaille. C’est ce qui m’a tenu le plus dans l’épreuve lorsque je voulais lâcher. J’en parle et j’ai les yeux dans l’eau!»

Malgré les difficultés, le Shawiniganais a pleinement profité de son expérience. «Une fois que tu es habitué à la jungle la nuit, tu entends les singes hurleurs et toute la faune. Tu vois les étoiles, c’est génial! J’étais comme un enfant dans la jungle!»

Il était important pour les compétiteurs de gérer leur nourriture. «Tu déjeunes puis ça va au souper. En plus de te dépenser beaucoup, plus tu avances dans les journées, plus tu es fatigué. À la cinquième journée, on devait compléter 108 kilomètres. Seulement 25% des participants l’ont fait d’un coup, et sinon on dormait à mi-chemin de l’étape. C’est vers 10h le soir que l’enfer a commencé pour moi. En plus des ampoules et de la fatigue, j’ai été témoin de deux abandons, et de deux autres qui se sont perdus. Psychologiquement, c’était tough. Tu vois les autres en détresse, et toi aussi tu as mal. Le lendemain, je devais compléter l’étape. J’ai dû faire 15 kilomètres à une vitesse de 3 km/h. J’ai pensé à l’abandon. Mais en arrivant au premier checkpoint, les gens de l’organisation m’ont encouragé. J’ai pris mon temps, je suis reparti, et j’étais correct à l’autre checkpoint. J’ai pensé une phrase que j’avais entendue de Frédéric Dion qui parlait d’une détresse psychologique: "Tu dois manger, tu dois boire et te reposer." C’est ce que j’ai fait.»

«Le fameux mur fait plus mal lors d’un marathon, mais il dure moins longtemps. Peut-être 30 minutes comparativement à des heures et des heures pour une course par étape. En plus tu es fin seul. Tu es dans un trou noir. Tu ne peux plus voir le positif, c’est plus profond comme sentiment. Tu te dis: "Qu’est-ce que je fais ici? " Je ne comprenais plus le sens d’être au beau milieu de la jungle.»

Les journées de Carl Boulianne en bref

27 septembre: L’arrivée au Brésil.

1er octobre au soir: Embarquement en bateau pour 12 heures jusqu’au village de départ du marathon.

2-3 octobre: Préparation des participants sur les animaux, quoi faire et ne pas faire dans la jungle. «On est toujours un peu nerveux à l’aube d’un départ.»

4 octobre: Première étape de 22 km sur des routes de villages et des sentiers. Départ à 7h, arrivée à 13h33.

5 octobre: Deuxième étape d’environ 24 km dont une traverse de rivière. Départ à 7h, arrivée à 12h48. «Par chance les deux premières journées n’étaient pas trop difficiles afin qu’on puisse s’acclimater au climat.»

6 octobre: Troisième étape d’une 37 km. Départ 6h15, arrivée à 16h45. «Je m’habituais au climat et je me sentais bien dans la jungle. Une montée interminable pour finir l’étape, tellement qu’on devait s’agripper à des arbres pour monter.»

7 octobre: Quatrième étape de 42,2 km. Départ à 7h, arrivée à 17h27. «Il n’y a rien qui ressemble à un marathon. J’ai dû me parler lors de la traversée d’une swamp.»

8 octobre: Cinquième étape de 108 km, mais divisée en deux pour Carl. Départ 4h30, arrivée 57 km plus loin à 21h40. Carl dort seul dans la jungle.

9 octobre: Suite de la cinquième étape. Départ 7h, arrivée à 1h30 dans la nuit. «J’ai frappé le mur et il est interminable. J’avais les pieds complètement explosé. Je me suis couché à 3h30 du matin après un traitement, et levé à 5h30 pour repartir.»

10 octobre: Sixième et dernière étape de 24 km en bord de plage. Départ à 8h30, arrivée à 16h57. Carl termine en 26e position sur 35 participants inscrits pour le 254 km. «L’aspect humain de cette course est hallucinant. Plusieurs m’ont encouragé pour terminer la course au début de l’étape. Mes bâtons de marche me servaient pour maintenir mon équilibre.»

Temps total de 82h05m

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