Confessions d’un homme victime de violence conjugale

Photo de Audrey Leblanc
Par Audrey Leblanc

TÉMOIGNAGE. Guy a vécu de la violence psychologique, verbale et émotive pendant un an et demi. Après avoir vécu une véritable descente aux enfers, le Trifluvien encourage les hommes violentés à dénoncer les actes de violence.

Elle me disait que si je n’étais pas soumis, elle allait dire que je la battais. J’étais terrifié. C’était toujours ce genre de menaces-là. Je lui ai dit qu’elle me faisait peur et elle a ri de moi. Elle ne m’écoutait pas du tout», raconte Guy.

«Depuis qu’on est enfant, on se fait dire que la violence conjugale, ça arrive juste aux femmes. Alors, quand ça nous arrive, on ne comprend pas ce qui se passe. On n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Ça va vite, on n’a pas le temps de comprendre», témoigne-t-il.

Cela fait maintenant quatre ans qu’il s’est sorti de cette situation. Les reproches et les chicanes se multipliant, il a commencé à croire qu’il vivait peut-être de la violence conjugale. Il a donc fait des recherches sur le sujet. Ses doutes ont finalement été confirmés.

«C’est en commençant à faire des recherches que j’ai compris ce qui arrivait, dit-il. Juste le faire de mettre le doigt dessus, ça change tout. Quand tu ne comprends pas ce qui t’arrive, tu ne peux pas t’aider. Ça m’a fait comprendre ce que je vivais. Il y a autant d’hommes victimes que de femmes. C’est juste qu’on n’en parle pas. C’est très tabou. Il y a beaucoup de préjugés.»

Laissé à lui-même

Plus ses recherches avançaient, plus Guy constatait un manque flagrant de ressources dans la région. «Les hommes victimes de violence conjugale sont laissés à eux-mêmes, déplore-t-il. Il n’y a pas de ressources en Mauricie et au Centre-du-Québec. J’ai passé deux ans et demi laissé à moi-même. Les services sociaux ne m’ont pas pris au sérieux, ils m’ont laissé tomber carrément. Ils n’ont fait aucune démarche pour me trouver de l’aide. C’était très frustrant.»

«Ma recherche, c’est tout ce que j’avais pour comprendre et accepté, ajoute-t-il. Ça m’a sauvé la vie. Je vivais beaucoup de stress et d’angoisse. J’étais en train de devenir fou. Malgré tout, je me trouve chanceux dans ma malchance parce que ça ne s’est pas terminé par un suicide. Mais je sais que ce n’est pas le cas de tous les hommes. La plupart finissent par se suicider.»

Apprendre à recoller les morceaux

Depuis un peu plus d’un an, Guy consulte un psychologue spécialisé en violence conjugale. «Ça m’aide beaucoup, il me donne beaucoup d’outils. J’apprends à reprendre confiance en moi. Je n’avais plus d’estime du tout. J’apprends à recoller les morceaux. Il faut encourager les hommes à dénoncer. Oui, il va y avoir des commentaires sexistes et des gens qui vont rire, mais c’est important de le faire pour changer les choses», conclut-il.

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