De garnement à gentilhomme

Par Andre Perreault

On a presque tout dit, tout écrit sur la vie de notre héros olympien mauricien Marcel Jobin. On connait bien le bilan de sa carrière athlétique et presque tout est à découvrir de ses origines.

En confession d’intimité, son frère Réal m’a appris de belles et nobles révélations sur la vie de famille des Jobin vécue à la station de chemin de fer Hibbard, près de Parent, en Haute-Mauricie. Avec humour et spontanéité, Réal Jobin m’a fait vivre la magie de leur enfance, retour à une époque perdue qui a certes façonné le caractère et le tempérament des frères Réal et Marcel.

On dit souvent qu’un adulte, c’est un enfant meurtri. Ce n’est certes pas le cas du grand Réal qui a conservé son cœur d’enfant et son authenticité juvénile. Avec un humour hilarant, Réal m’a confessé d’un trait: «Adolescents, pendant que Marcel apprenait à marcher (marche olympique), j’apprenais à boire». Avec désinvolture et une suave sagesse comme un doux parfum, Réal, cette belle âme tout en simplicité et honnêteté, renchérira en affirmant: «Même si vous aimez les fleurs, elles se fanent, même si vous n’aimez pas les mauvais herbes, elles poussent.» Avec une émotion dans la voix, Réal en auto-psychanalyse sur sa vie, conclura: «Jeune je n’ai pas toujours été un soleil pour mon entourage mais avec l’âge, je ne suis pas un nuage pour ceux et celles que j’aime et qui font mon bonheur. Jadis, j’aurais perdu ma chemise pour sauver la face. J’ai transformé ma vie de petit garnement à un gentilhomme reconnu», cria-t-il avec fierté. Sa métamorphose est édifiante.

De Parent à Shawinigan

Né à Parent, Réal est le 8e d’une famille de 12 enfants. Déracinés de leur patelin natal, à l’âge de 11 ans pour Réal et de 9 ans pour Marcel, les frères Jobin se referont une existence bien différente à Shawinigan. Pendant que Marcel optera pour l’école des sports, Réal, prendra le chemin du marché du travail dès l’âge de 14 ans. Réal sera livreur à cheval avec sa belle jument nommée Puce en parcourant le rang St-Anatole.

C’est à 16 ans qu’il quittera la région pour s’expatrier à Montréal-Nord et subsister en étant planteur de quilles au Bowling Capri, à 10 cents la partie. À 18 ans, à Côte de Liesse, il deviendra inspecteur en maintenance pour les voies ferrées dans les cours de triage des wagons. C’est alors qu’il résida au sous-sol de la résidence de Ginette Reno, avec le frère de celle-ci, André Renaud, comme co-chambreur et ami. À 21 ans, il reviendra s’établir dans sa ville d’adoption, Shawinigan, pour un travail similaire rémunéré à 75 cents de l’heure.

C’est à 25 ans, que Réal acceptera un poste d’opérateur à la Compagnie Alcan, payé au tarif horaire de 1.75$. Engagé pour un stage de six mois, il y complètera 35 ans de sa vie pour bénéficier d’une retraite bien méritée en l’an 2000. Réal m’a certifié que les 5 années de travail à la Câblerie Alcan, en compagnie de son frère Marcel, furent de très belles années.

État de grâce et d’épanouissement

Retraité à l’âge de 60 ans, Réal, ce père de trois enfants Linda, Mario et Stéphane, se dit très heureux depuis qu’il vit une parfaite sobriété (11 ans déjà), une existence sans boucane de cigarette et d’usine.

Avec son actuelle conjointe Thérèse Brière, en vie commune depuis plus de quatre ans, Réal admet filer le parfait bonheur. Nous avons visité mon fils Mario établi dans l’Ouest Canadien à quelques reprises. «J’apprécie et me sens fort bien apprécié de ma nouvelle belle famille». Sur un ton admiratif et reconnaissant, il avoue que sa belle-sœur Nicole Lafontaine et son frère Marcel auront été pour lui un phare lumineux qui lui aura permis de devenir un très sympathique grand-père de 10 petits-enfants et arrière-grand-père pour une première fois.

Bravo à ce Réal, très enjoué, d’une grande sensibilité, d’une générosité sans pareille!…

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