Qu’on en finisse, monsieur le maire

Par superadmin

«Tenez-bon, monsieur le maire», écrivait la semaine dernière une Shawiniganaise dans le Nouvelliste et dans la version électronique de l’Hebdo-du-St-Maurice.

Dans le quotidien, la dame ne donnait que son nom. Dans l’hebdo, elle se donnait le titre de «citoyenne avertie et progressiste». Dans les deux cas, celle qui se disait «profondément convaincue du bien-fondé de l’harmonisation des noms de rues à Shawinigan» taisait une information importante : son statut dans le débat.

La signataire, Madeleine Lacoursière, est membre du Comité de toponymie de la Ville de Shawinigan, lequel a proposé l’élimination des noms de secteurs dans le système d’adresses civiques et l’harmonisation des noms de rue. Il est évident qu’elle est plus que la simple citoyenne qu’elle prétend être. Elle est une des conceptrices du programme qu’elle défend.

On considère comme une fraude que des vendeurs d’autos usagées se présentent, dans leurs publicités, comme de simples «particuliers». Mais la politique municipale n’obéit pas aux mêmes règles. En 2011, Madame citoyenne travaillait comme consultante en rédaction pour le Comité du patrimoine de la Ville de Shawinigan.

En 2013, elle siégeait au «Comité d’harmonisation» qui a présenté ses recommandations au Comité de toponymie (dont elle fait toujours partie), lequel les a reprises pour en faire l’actuel programme d’uniformisation. Merci, madame Lacoursière.

La dissimulation de votre statut a vaincu la réticence que j’avais à rendre publiques les délibérations de ce comité d’harmonisation auquel j’ai brièvement participé. C’est grâce à vous que je peux démontrer comment le projet d’uniformisation a été marqué dès le départ par la mauvaise foi, la dissimulation, la facticité et la félinité.

J’ai participé de bonne foi aux premières réunions du comité d’harmonisation. J’osais croire qu’avant de réfléchir au « comment », on prendrait le temps de réfléchir au «pourquoi». D’autant plus que « évaluer la pertinence d’harmoniser les noms de rues à Shawinigan » était le premier point du mandat du comité.

J’ai déchanté dès la première réunion. La plupart des membres étaient moins naïfs que moi. Ils avaient compris, eux, que le premier point du mandat était de la frime. Le vrai mandat, c’était le dernier point : «Produire un argumentaire pour les changements». Il faut savoir que le comité était composé d’employés ou d’ex-employés de la Ville, de contractuels, de membres du Comité de toponymie, de quelques pots de fleurs et de bouteilles d’eau, et que la présidente du Comité de toponymie, Mme De Bons, avait d’entrée de jeu fait comprendre aux membres que le Conseil de Ville avait déjà fait son nid.

À la deuxième réunion, les participants recherchèrent l’argument « le plus vendeur » qui s’avéra, de l’avis de tous, être celui de la sécurité. Dubitatif, j’ai demandé à la coordonnatrice du Comité de faire quelques vérifications avant la prochaine rencontre.

Ce qu’elle fit, de sorte qu’on peut comprendre, à la lecture du compte-rendu de cette réunion, que ni le directeur du Centre des appels de la Centrale 911, ni le Directeur des services sécurité et incendie à la Ville de Shawinigan ne voyaient de problèmes de sécurité ou de repérage liés au système d’adressage en vigueur.

Selon François Lelièvre, du service des incendies, «les technologies (étaient) précises et efficaces pour se repérer». Et si le lieutenant Beaulieu de la SQ laissait entendre qu’il pouvait y avoir quelques problèmes quand des gens composaient le 310-4141 au lieu du 911 (ce qui est très rare et n’est pas recommandé en cas d’urgence), c’est parce que la SQ «ne dispos(ait) pas des technologies cellulaires et de géolocalisation».

Ces faits n’ont pas ébranlé le comité. Tout ce qui n’allait pas dans le sens de l’élimination des noms de secteurs était irrecevable. Comprenant que c’était sous de fausses représentations qu’on m’avait embarqué dans ce comité soi-disant de réflexion, j’ai remis ma démission, me refusant à sanctionner par ma présence un projet qui, en plus de ne pas respecter la volonté populaire, ne respectait pas les faits.

Qu’on en finisse, monsieur le Maire! Qu’on organise un concours pour trouver un nom nouveau à cette ville de sorte qu’on conserve les noms des secteurs, incluant celui de Shawinigan. Pourquoi pas «Ville de l’Énergie» ? La 5e resterait la 5e. Personne ne changerait d’adresse. Le Festi-Beach de Shawinigan redeviendrait le Festi-Beach du Lac-à-la-Tortue.

Le rendez-vous des peintres de Sainte-Flore ne serait plus menacé de devenir le rendez-vous des peintres de Shawinigan. Notre ville est plurielle. C’est ça la réalité. C’est ce que disent ses citoyens quand ils s’opposent aux ténors du petit soviet municipal et aux déclarations de leurs porte-parole masqués. Vive ma ville, vive ses secteurs.

André Hamel

Membre démissionnaire du Comité d’harmonisation des noms de rues de Shawinigan

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