Couvrir les Canadiens en temps de pandémie

Couvrir les Canadiens en temps de pandémie
Luc Gélinas est affecté à la couverture des Canadiens de Montréal depuis 1992. (Photo : courtoisie)

Habitué de suivre quotidiennement les activités des Canadiens de Montréal, autant sur la route que dans la métropole, le journaliste sportif Luc Gélinas a lui aussi dû s’ajuster rapidement aux contrecoups de la pandémie afin de bien accomplir son travail comme avant.

La COVID-19 a forcé l’arrêt du sport professionnel et amateur pendant quelques mois et la reprise ne se fait pas sans de nombreux changements.

À l’emploi du Réseau des sports (RDS) depuis 1989, l’homme originaire de Saint-Boniface reconnait que la pandémie affecte grandement le journalisme sportif.

Lorsque les activités sportives ont été mises sur pause le printemps passé,  il a notamment usé de créativité pour trouver des histoires intéressantes à raconter. «Ça m’a ramené un peu à la base et au travail de journaliste. Je travaillais deux ou trois jours par semaine. Je n’allais plus au Centre Bell comme à l’habitude pour voir le Canadien et regarder les entrainements. Il fallait trouver d’autres histoires. J’ai aimé faire de la recherche, appeler des gens et raconter de nouvelles choses», explique-t-il lors d’un entretien téléphonique accordé à L’Hebdo du Saint-Maurice.

Au cours de cette période, Luc Gélinas a réalisé de bons coups. Il a entre autres réussi à convaincre l’entraîneur québécois Jim Montgomery de se confier à lui sur sa descente aux enfers jusqu’à son congédiement avec les Stars de Dallas. Il a également découvert que la patineuse Joannie Rochette  irait prêter main-forte dans les CHSLD après avoir été diplômée en médecine.

«Ça a été l’aspect le plus le fun de travailler pour trouver des histoires différentes. En même temps, je me questionnais à savoir si les gens regardaient Sports 30 pour des histoires comme ça, car ce qui les intéresse beaucoup généralement, c’est de savoir si le Canadien a gagné ou perdu et s’ils ont des points dans leur pool», souligne M. Gélinas.

Fidèle au poste

Maintenant que la nouvelle saison de hockey est bel et bien amorcée, Luc Gélinas est très heureux de retrouver son micro et il est fébrile de couvrir à nouveau le Bleu-Blanc-Rouge. L’équipe fera ses débuts en sol montréalais ce jeudi contre les Flames de Calgary. «C’est reparti le 3 janvier. Je suis un peu plus revenu dans ma routine. On va pouvoir assister aux matchs à Montréal, on peut aller aux entraînements, mais on fait nos reportages en direct de la maison pour libérer la place le plus rapidement possible. On regarde ce qu’on a à voir et les entrevues se font ensuite de façon virtuelle. Au moins, on peut voir les entraînements et les matchs», signale-t-il.

Cette nouvelle façon de faire convient à Luc Gélinas. Il se sent tout de même privé de quelques éléments utiles pour ses interventions et reportages. «Il nous manque l’essence même de notre job, soit d’entrer dans le vestiaire pour recueillir des informations et des commentaires. Ça nous permettait de poser des questions. Souvent, il y a des éléments d’information qu’on ramasse, qu’on ne peut pas partager avec le public, mais qui nous aide dans notre travail. Quand tu vas dans le vestiaire, tu peux voir quelque chose, ça peut être un bon filon et conduire à une bonne histoire. On ne peut pas obtenir ce genre de choses-là virtuellement. Nous sommes tributaires de ce que l’équipe nous donne. On a accès à deux joueurs par jour plus l’entraîneur. C’est le prix à payer pour que ça fonctionne», dit-il.

Appelé normalement à voyager à l’étranger pour couvrir les performances de l’équipe favorite de bien des Québécois, le journaliste de RDS  passera plus de temps à la maison cette année. «On ne voyage pas du tout. Nos patrons ne veulent pas qu’on prenne l’avion et nous sommes tous solidaires avec cette décision-là. Nous placer avec des gens qui ont peut-être fait le party et qu’on ne connait pas dans un avion, ce serait irresponsable et carrément dangereux. Ils vont peut-être nous envoyer à Ottawa en auto, mais pour le reste, on ne prendra pas l’avion tant que ce sera aussi risqué d’attraper le virus», révèle-t-il.

Chaque année, Luc Gélinas passe autour de 100 nuits à l’hôtel dans le cadre de ses fonctions.

 

Devant la caméra…à la maison

Actuellement, le journaliste travaille beaucoup plus de la maison qu’à proximité de la patinoire. «Si la pandémie avait frappé il y a trois ou quatre ans, ça aurait vraiment été problématique. Lors de la saison 2018-2019, on a commencé à travailler sans caméraman pour les séries éliminatoires seulement sauf pour la finale de la Coupe Stanley. La technologie que RDS a achetée est vraiment bonne. Ça nous a permis de travailler de la maison au mois de mars quand la pandémie est arrivée. J’étais déjà équipé pour faire des entrevues et des reportages en direct. Ça se passe bien et j’aime ça», admet-il.

Avec tous les changements qu’occasionne la crise sanitaire, Luc Gélinas estime qu’il y a quand même du positif à tirer de la situation, dont le fait d’avoir accès aux joueurs de toutes les équipes de la Ligue nationale de hockey sans déplacement.

«C’est probablement le seul avantage. Lorsqu’on ne couvre pas le Canadien, on a accès aux autres équipes plus facilement. Avant, si on voulait parler à un joueur, par exemple, il fallait se réserver un avion et louer un hôtel pour aller le rencontrer. Ça faisait des entrevues beaucoup plus personnalisées. Là, on peut se brancher sur une plateforme et les équipes nous donnent du temps pour avoir accès aux joueurs. RDS est connu à travers la ligue et les équipes collaborent», expose-t-il.

Rappelons que Luc Gélinas partage la couverture des Canadiens de Montréal avec sa collègue Chantal Machabée.

Une bonne saison pour les Canadiens?

Selon Luc Gélinas, le tricolore devrait surprendre cette saison. Il avait d’ailleurs de bons mots à l’endroit du directeur général de la formation. «J’ai de grosses attentes envers le Canadien. C’est la première fois depuis longtemps que j’ai autant d’enthousiasme pour ce club-là. Marc Bergevin a vraiment bien travaillé cet été. Son équipe est bonne. Des joueurs autonomes ont choisi de venir à Montréal et ce ne sont pas des restants des autres équipes ou des joueurs qu’il a payé trop cher. Les gars sont venus par désir et parce qu’ils pensent réellement que le club peut gagner», fait-il remarquer.

«Je suis content qu’il ait enfin mis de l’argent sur un auxiliaire à Carey Price. C’est une position que Bergevin a négligé dans le passé. Je lui reprochais et je l’ai souvent critiqué là-dessus. Jake Allen va faire le boulot. En plus, les jeunes se sont bien développés. Les vétérans sont à un âge où ils font du bon travail et ils sont au prime de leur carrière. Je ne parle pas juste des vedettes comme Price et Weber. Tu rajoutes Petry, Gallagher, Danault et Tatar. Ils sont performants. Le seul obstacle pour atteindre la finale de la Coupe Stanley, c’est la division. Peu importe qui sera l’équipe qui va sortir de la division canadienne pour aller en demi-finale, elle va avoir mis beaucoup d’énergie en voyagement et en décalage horaire pendant toute l’année, comparativement à la division de l’Est.»

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