Ariane Cossette: le parcours d’une grande voix

SHAWINIGAN. Native de Shawinigan, la soprano Ariane Cossette connaît une année intense et chargée. Elle a parcouru plusieurs grandes villes du monde autant pour prendre part à de prestigieux concours que pour honorer des engagements sur scène.

Le destin l’a d’abord conduite à Toronto il y a quelques années.

«  Étudiante, je voulais faire partie de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal. J’ai auditionné, mais apparemment, ce n’était pas mon chemin, mais les gens du Canadian Opera Company à Toronto ont vu quelque chose en moi qu’ils ont aimé et ils m’ont donné ma chance de me développer auprès d’eux de 2022 à 2024. C’est l’équivalent de l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Montréal, à Toronto, une compagnie encore plus grosse : ils ont plus de budget, ils font plus de productions dans une année. Je compare ça à être comme un stagiaire rémunéré, une transition entre l’école et la vie professionnelle. J’ai été réengagée depuis que j’ai fini, j’ai créé des contacts à Toronto, j’habitais déjà là. Pourquoi redéménager ?  »

Au printemps dernier, elle a passé cinq semaines en Europe.

«  J’ai atterri à Paris. Je suis allée faire des auditions. Ensuite, je suis allée en Angleterre pour faire le concours Elizabeth Connell Prize. Je suis allée à Francfort pour suivre des cours d’allemand, une des langues dans laquelle on chante beaucoup. Je peux bien chanter, avec la bonne diction, mais je ne maîtrise pas la langue tant que ça.  »

Ariane prend ensuite la direction de la Sicile où elle représentait le Canada au Concours international pour chanteurs lyriques d’Alcamo aux côtés d’interprètes de 15 pays. Le jury lui a décerné deux distinctions dont le prix spécial du Festival Ente Luglio Musicale Trapanese.

«  C’est un prix qui n’est pas encore tout à fait défini : ils m’inviteront pendant leur prochaine saison à faire un rôle dans un de leurs opéras ou un concert. Comme leur saison n’est pas encore décidée, je ne sais pas encore ce que ça va être.  »

C’est grâce au support des Jeunes ambassadeurs lyriques qu’elle a participé à ce concours.

«  Ils sont partenaires avec le concours et à chaque édition, ils envoient certains de leurs lauréats, ce qui valide notre candidature et nous évite la présélection. Je ne serais pas allée par moi-même parce qu’on ne peut pas tous les faire. Ça coûte beaucoup de voyager autant.  »

Une participation à un concours international peut ouvrir des portes, mais gagner n’est pas une fin en soi, comme le démontre son expérience au Elizabeth Connell Prize à Londres.

«  Je suis allée en finale et je n’ai pas gagné. Les concours, ça donne de la visibilité et la crédibilité, mais ce n’est pas nécessairement ceux dans lesquels on gagne un prix qui nous donnent des opportunités. Parce que c’est un concours assez reconnu, les gens sont venus voir. Des agents m’ont écrit parce qu’ils m’ont vu là. Finalement, grâce à ce concours-là j’ai eu un contrat. Les concours, c’est tellement subjectif. À un certain niveau, tout le monde est vraiment bon et le fait de gagner un prix ou pas ne dit pas que l’autre est meilleur. Il y a des choses objectives qu’on peut juger, mais il y a des choses qu’on ne peut pas noter. Ce n’est pas comme une course aux Olympiques où on peut dire que telle personne a été plus rapide. C’est beaucoup plus subjectif que ça.  »

Au cours de l’été, Ariane a performé sur différentes scènes de Toronto et sa région. En juin, elle prenait notamment part à la production du Tapestry Opera «  10 Days in a Madhouse  » à Toronto. En juillet, elle endossait pour la première fois le rôle de Mimi dans La Bohème.

«  C’était à Brock Opera à Hamilton, un peu à l’extérieur de Toronto. Ça s’est très bien passé. J’avais une superbe distribution, vraiment d’excellents collègues. Il y a eu une critique d’Opera Canada qui est venue voir la représentation et qui a été très élogieuse pour l’ensemble.  »

À la mi-août, elle chantait en tant que soliste lors d’un concert du Cataraqui Chamber Music Festival à Kingston.

«  La pianiste avec qui je chante m’a contactée. Elle travaille avec le festival. On a répété à Montréal, on a discuté pour bâtir un programme qu’on voulait présenter ensemble.  »

Le besoin de chanter

Ariane a toujours été attirée par le chant sans avoir consciemment le désir d’en faire un métier.

«  J’étais dans les Petits chanteurs de Trois-Rivières, enfant. Ça a développé mon goût pour la musique classique globalement, ça a développé mon oreille parce qu’on chantait quand même des grandes œuvres comme le Requiem de Mozart. Ensuite, au Collège Marie-de-l’Incarnation, je participais aux comédies musicales. Une année, j’ai eu un rôle plus petit que ce que j’espérais. Ce n’était pas assez pour satisfaire mon besoin de chanter. J’étais donc aller prendre des cours de chant avec Odette Beaupré qui est mezzo-soprano.  »

Elle explore avec elle la technique classique, le port de voix, la respiration. Rapidement, sa professeure décèle son talent.

«  Quand je me suis rendu compte que ma voix aimait vraiment chanter de cette manière-là, je me suis mise à aimer ça de plus en plus et à être curieuse. À 15 ans, j’ai décidé que j’allais au cégep en musique classique faire de l’opéra, ce que les gens autour de moi trouvaient un peu étrange parce que ce n’était pas si commun. J’ai toujours continué parce que j’ai appris à aimer ça davantage. C’est une forme d’art qui continue d’évoluer mais qui a aussi tellement de tradition derrière qu’on peut continuer d’apprendre à l’infini. C’est ça qui me plaît.  »

Fille d’une mère nutritionniste et d’un père dentiste, elle se destinait plutôt à des études en sciences naturelles.

«  J’ai toujours eu de très bonnes notes à l’école et les sciences ne m’intéressaient pas particulièrement. Même si j’avais toujours aimé chanter, je n’avais pas réalisé que c’était une option de carrière. Ma professeure de chant m’a dit que je pourrais aller au cégep en chant classique. Ça a été comme une lumière qui s’est allumée. Il n’y avait plus de questions qui se posaient : évidemment que j’allais étudier en chant ! Je pense que sur le coup, mes parents ont eu un petit choc. Assez vite, en rencontrant mes professeurs, ils ont vu que j’avais des mentors qui croyaient en mon potentiel d’en faire une carrière.  »

Avant de faire son entrée à la maîtrise à l’Université de Montréal, Ariane juge bon de prendre une pause qui s’avérera salutaire et lui confirmera son envie de poursuivre dans le domaine.

Des concerts au Québec

La programmation des saisons d’opéra étant parfois décidée longtemps à l’avance, Ariane a déjà des engagements qu’elle ne peut révéler, mais elle est heureuse de se produira au Québec prochainement.

Le 14 octobre, elle participera au concert Éclats d’être : chants sur Rilke.

«  C’est un récital gratuit avec le merveilleux Francis Perron au Centre canadien d’architecture à Montréal.  »

Elle sera de retour à Montréal les 29 et 30 janvier.

«  Il y aura une version concert de l’opéra La Traviata à la Maison symphonique avec l’Orchestre philharmonique et Chœur des mélomanes. Je vais faire le rôle d’Annina, la dame de chambre de Violetta, le rôle féminin principal.  »