Clement Jacques : entre le chantier et Nashville

CULTURE. L’auteur-compositeur-interprète Clement Jacques fera résonner son country folk le 10 juillet à la place du Marché de Shawinigan dans le cadre des Grandes Soirées Desjardins. Celui qui continue de travailler dans la construction même après plusieurs virées à Nashville présentera les chansons de son plus récent album, IRIS.

Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca

Ayant commencé la musique en anglais, Clement Jacques ne s’est jamais limité dans son processus créatif. Sa discographie passe ainsi par plusieurs styles musicaux – du pop folk au grunge – et même par un album concept, Chromatique, où chaque titre représente une couleur d’une palette s’étendant du clair au sombre.

« [Le processus créatif] a toujours été complètement libre. C’est ce que j’avais le goût de faire dans ce moment-là. Ce que j’entendais, ce que j’écoutais, l’influence que j’avais par rapport à mes écoutes musicales. C’est vraiment teinté par les années que je vivais dans ce temps-là », raconte-t-il.

« J’en ai assez des contraintes sur la construction. Quand on fait de l’art, on fait ce qu’on veut.»

Après une participation au concours La Voix, le musicien et chanteur quitte Montréal où il résidait depuis 12 ans et retourne dans son coin de pays, au Saguenay. Dans un chalet, il refait sa vie, pensant arrêter complètement le studio et la scène durant près de sept ans.

« J’ai rencontré une fille, on a fait des enfants. La musique n’était plus trop une priorité, j’avais mis une croix là-dessus. Jusqu’à tant que je retourne en contact avec mon ancienne équipe. »

C’est son récent rôle de père qui a inspiré l’écriture de nouvelles chansons après cette longue pause sans composition, en témoignent son morceau Le grand projet ou sa reprise du classique Father and son en duo avec Patrick Norman.

Épaulé par le producteur de son album David Laflèche, Clement Jacques s’est rendu à Nashville, la Mecque des cowboys, pour enregistrer IRIS. C’est là, entouré de musiciens de studio professionnels, que la musique country s’est imposée comme canal pour ses nouveaux morceaux.

« Ç’a été des souvenirs et des contacts incroyables. Je pense à Rob McNelley, un guitariste qui joue avec tous les grands de ce monde en ce moment, que ce soit Lainey Wilson ou Morgan Wallen. Puis Fred [Eltringham], lui c’est le drummer de Sheryl Crow, il a joué dans le groupe The Wallflowers pendant 15 ans, il jouait avec Willie Nelson », énumère l’auteur-compositeur-interprète saguenéen, qui avoue d’abord s’être senti intimidé par ces grosses pointures avant de se rappeler qu’« on est venu pour travailler ».

Sur IRIS, il reprend en français la chanson Picture avec Marie-Mai, que le public a pu entendre dans les palmarès de plusieurs radios au Québec.

« Je ne voulais même pas le faire, je ne voulais pas de cover sur mon album. J’ai dit oui finalement, après une petite réflexion. On ne se le cachera pas, la toune, elle joue pas mal. Je pense que la chanson est rentrée dans plusieurs foyers québécois, ça a permis de mettre une face sur le nom. »

Malgré le succès de ce duo initialement chanté par Sheryl Crow et Kid Rock et malgré le fait que ce dernier l’ait apprécié et invité à son domaine, Clement Jacques continue de travailler dans la construction.

« Faire de la musique au Québec avec le milieu contingenté, ce n’est pas payant. J’essaie de ne pas trop me gruger le cerveau avec ça. C’est difficile de faire le switch mental : des fois, je sors du chantier puis j’ai une entrevue. Le mieux, ça serait juste de faire de la musique un jour, peut-être. On travaille pour ça », conclut-il.

Entre deux allées retours à Nashville pour organiser la suite – la sortie d’un EP puis éventuellement d’un album – Clement Jacques se retrouvera à la place du Marché de Shawinigan le 10 juillet pour un spectacle gratuit.