Les graffitis thérapeutiques de Luce Giard

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Par Bernard Lepage
Les graffitis thérapeutiques de Luce Giard
Luce Giard devant un mur de graffitis de l'ancienne usine Belgo. (Photo : courtoisie Michel Houde)

ARTS.  Les graffitis de la Belgo sont de nouveau l’épicentre d’un livre publié par une Shawiniganaise qui a parcouru le site de long en large pendant les longs hivers pandémiques de 2020 et 2021. 

Avant de devenir un recueil de photos, L’Art… mur est né du besoin obsédant de Luce Giard d’aller photographier en solitaire les milliers d’œuvres d’artistes anonymes. « Je passais mes après-midi là-bas. J’ai marché, rampé, grimpé. J’ai même passé par-dessus mes peurs en rentrant dans des bâtiments. J’étais comme une exploratrice, une archéologue, une ethnologue qui venait de faire une découverte. C’était des œuvres extraordinaires dans un décor post-industriel abandonné », raconte celle qui avait toujours ressenti en elle une fibre artistique sans jamais toutefois eu le courage de s’y abandonner.

La découverte de ce site arrivait à point pour cette récente retraitée ayant fait carrière au parc national de la Mauricie. Diagnostiquée d’un cancer du sein en 2018, elle a dû passer au travers de deux opérations majeures avant de devenir proche aidante pour sa mère gravement malade. « Quand j’arrivais là-bas, j’étais dans un autre monde et je n’avais plus de problème », confie Luce Giard qui a dit s’être reconnu à la vue d’un mur sur lequel était inscrit Graffity is my therapy.

Équipée de son iPhone – les photos ont été prises exclusivement avec cet outil – la photographe amateur a immortalisé la presque totalité des graffitis du site industriel, soit un peu plus de 2000. C’est sous les encouragements de son entourage avec qui elle partageait le fruit de ses expéditions qu’elle décide de franchir le pas et de réunir ses coups de cœur à l’intérieur d’un ouvrage constitué d’un peu plus de 200 images, mais aussi de quelques textes en slam de son cru également.

« Je ne suis pas écrivaine, mais là encore, j’ai sorti de ma zone de confort en m’inspirant des textes de David Goudreault que j’aime beaucoup », poursuit Luce Giard qui a tout de suite été enchantée du titre proposé par son éditeur Raymond Corriveau. « L’Art… mur c’est comme des murs qui murmurent. C’était aussi comme une protection que je me donnais. Sous mon armure, je n’étais plus en souffrance, en stress. Je n’avais plus peur », lance-t-elle.

Au fil de ses explorations, l’auteure a compris le lien qui l’unissait à ces artistes anonymes. « J’ai découvert pourquoi ils faisaient ces graffitis. Comme moi avec mes photos, pendant qu’ils font ça, le temps n’existe plus. Ni la vieillesse ni la maladie. Ils sont dans leur monde. Et comme moi qui a voulu transformer des moments difficiles en quelque chose de beau, ces artistes ont réussi à faire de magnifiques œuvres dans un site industriel abandonné. C’est la preuve qu’il peut y avoir du beau dans tout. »

Publié chez Profondeur de champ, L’Art… mur est disponible au coût de 40$ à la Librairie Poirier et chez Librissime, tous deux sur la 5e avenue de la Pointe au centre-ville de Shawinigan.

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Marceau J-P
Marceau J-P
1 mois

J’ai ce livre qui est de facture soignée. Deux mondes s’y cotoient, les auteurs et l’auteure. Du travail propre, comme on dit.