Les naissances du futur dans l’œil de Claudie Simard
CULTURE. Comment se dérouleront les naissances dans 20, 50 ou 100 ans ? Est-ce que les recherches sur l’utérus artificiel mèneront à la création d’humains en laboratoire ? Ce sont les questions qu’explore la documentariste Claudie Simard dans sa nouvelle série documentaire “ Naissances du futur ”.
C’est pendant la recherche pour son précédent documentaire “ Sages et rebelles ” portant sur les sages-femmes que Claudie Simard est tombée sur un article de l’Institut européen de bioéthique sur l’utérus artificiel et sur le portrait éthique l’entourant.
“ J’ai été étonnée de voir qu’il y avait maintenant un consensus scientifique sur le fait que le concept d’utérus artificiel n’est plus de la science-fiction et que c’est maintenant probable. Ça m’a fait peur de penser qu’on pourrait faire des humains en série. Il n’y a aucune image positive reliée à l’utérus artificiel. C’est toujours de la dystopie. Je me suis donc demandé : où est-ce que ‘on s’en va ? Ç’a été ma question de départ ”, explique-t-elle.
Si, au départ, elle avait en tête de faire une série documentaire frôlant la science-fiction, Claudie Simard s’est plutôt retrouvée confrontée à des technologies qui sont plus du domaine du réel que du futur. “ C’est choquant de réaliser qu’on fait des choses un peu aveuglément, si je puis dire. Avec ce projet, je ne m’en allais pas au combat. J’allais faire de la science-fiction et réfléchir à des choses qui n’existent pas. Là, je suis confrontée à la réalité de ce qu’on est en train de faire. Je pense qu’il y avait un vide sur la réflexion autour de ces enjeux ”, confie-t-elle.
En six épisodes, la série ouvre le débat sur les avancées et les enjeux éthiques qui façonneront la reproduction de demain tout en dressant le portrait de la procréation assistée d’aujourd’hui. De l’utérus artificiel à la modification génétique, entre progrès médicaux et dilemmes moraux, la série questionne l’avenir de la reproduction humaine.
“ La sociologue Sylvie Martin y fait notamment remarquer que de toute l’histoire de l’humanité, chaque être humain est né du corps d’une femme. À partir du moment où ce n’est plus vrai, il faut réfléchir et redéfinir ce qu’est un être humain. Ce n’est pas rien. C’est une immense question. Au fur et à mesure que le développement technologique se faisait, on n’a pas réfléchi à ces concepts sociologiques ”, note la documentariste qui habite la région.
“ Ce qui m’a le plus surpris, c’est de découvrir à quel point ce qui se fait en ce moment mérite qu’on s’y attarde davantage et à quel point toutes les solutions non technologiques n’ont pas d’espace dans l’espace publique ou médiatique, affirme-t-elle. Par exemple, dans l’épisode portant sur l’utérus artificiel, on met vraiment en relief la réflexion sur la technologie, mais on découvre aussi des recherches en prévention qui sont très prometteuses et dont on n’entend pas parler ”
En plus des différents experts qui s’expriment sur ces questions dans la série, Claudie Simard a fait appel à des penseurs pour pousser la réflexion plus loin, de même qu’à des parents qui ont notamment eu recours à la fécondation in vitro ou qui ont adopté un embryon.
“ Je pense que c’est la grande richesse de la série. C’est délicat et difficile à aborder, mais j’ai eu la chance de trouver plusieurs parents qui témoignent. Ils nous rappelaient pourquoi on fait ça. On ne peut pas être contre leurs motivations. On les écoute et on est vraiment avec eux durant leur témoignage, sans les juger, mais on pose quand même un regard critique sur ce qu’on est en train de faire ”, souligne-t-elle.
“ Je pense que quand tu embarques dans un processus de procréation assistée, tu ne t’imagines pas jusqu’où tu es prêt à aller, ajoute la documentariste. À chaque étape, il y a une porte qui se ferme, qui s’ouvre, qui se reforme. Ça oblige des couples à revoir leur priorité. Une autre étape, c’est un autre 5000 $ à débourser. Il y a l’argent, tout l’aspect psychologique et l’aspect émotif qu’ils vivent dans ces démarches. ”
La série documentaire “ Naissances du futur ” est diffusée sur les ondes de Savoir média, ainsi que sur ses plateformes numériques.
Un autre documentaire à venir
Les deux dernières années ont été particulièrement occupées pour Claudie Simard qui, en plus de travailler sur “ Naissances du futur ”, tournait en parallèle sur un long-métrage documentaire sur le Réseau Autonomie Santé et son projet de course à l’Île-de-la-Réunion avec une personne handicapée.
“ Il y a des jeunes, des vieux, une personne avec la sclérose en plaques, une autre avec un pied amputé. C’est une gang d’anti-héros qui se préparait pour ce défi. Au-delà de la course, je voyais ce projet comme un laboratoire d’humains qui essaient de faire passer le bien de la collectivité avant celui de l’individu ”, raconte-t-elle.
Une fois le diffuseur et le financement trouvés, elle a suivi le groupe dans sa préparation au Québec, puis dans son aventure à l’Île-de-la-Réunion. Il en est ressorti un documentaire de 52 minutes, intitulé “ Emmène-moi ”, qui sera diffusé en juin sur les ondes d’AMI-télé.
“ Il y avait un défi supplémentaire dans la réalisation, car pour la diffusion sur AMI-télé, il faut que tout ce qui est vu puisse aussi être compris par les personnes qui voient moins bien ou qui entendent moins, un peu à la manière d’un balado. Il faut que les téléspectateurs puissent tout comprendre même s’ils ont les yeux fermés. Sur le plan créatif, c’est un gros frein, mais c’était un trop beau défi à relever pour le refuser, lance Claudie Simard. Par exemple, pendant le tournage, il fallait que je m’assure qu’à l’audio, on a toujours une explication sur tout ce qu’on voit, mais sans que ça nuise au tournage et que ça puisse être utilisé séparément. Mon équipe et moi avons développé une technique de tournage pour y arriver et pour permettre à l’action de se dérouler. ”
“ Ça a été une expérience humaine très forte. Je n’avais pas réalisé que ça allait me transformer moi aussi ”, conclut-elle.
