Roublond : le pari du son nouveau

CULTURE. De retour d’un périple à Granby où il a remporté les grands honneurs du Festival international de la chanson, le Shawiniganais Elliot Lavergne réfléchit déjà à la façon de piloter la suite. Roublond, de son nom de scène, fait entendre ses préoccupations sociales dans des compositions à mi-chemin entre la pop, le rock et la musique électronique.

Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca

« J’essaie toujours de faire deux choses à la fois : faire du nouveau, mais parler à un large public. Je ne veux pas faire quelque chose de trop niché comme du vieux jazz obscur », lance le singulier artiste.

« J’aime dire que c’est de la pop qui aspire à être avant-gardiste. On verra si ça l’est vraiment, on s’en reparle dans 15 ans », ajoute-t-il avec un sourire en coin.

En écoutant ses morceaux, on comprend d’emblée l’ambitieux choix de la nouveauté, qui résonne dans ses textes et dans les sonorités qu’il sélectionne. Pourtant, quand Roublond parle de ses principales influences musicales, certains noms surprennent.

Les Beatles, la chanteuse et musicienne islandaise Björk, le groupe britannique Radiohead ou encore Hubert Lenoir font partie des inspirations nombreuses et hétérogènes de Roublond. Leur point commun, selon lui ? Cette capacité à faire de la « pop nouvelle », de la musique accessible, mais jamais vue pour l’époque.

« Ce n’est pas juste la musique qui m’influence, je pense que c’est un reflet musical de tout ce que j’absorbe », résume celui qui tire également de l’inspiration de films qui l’ont marqué, comme Star Wars.

« Interagir avec les gens, ça m’inspire et ça me permet de grandir en tant que personne et de faire des textes qui, je pense, sont peut-être de plus en plus pertinents. J’utilise vraiment la métaphore comme moyen de faire en sorte que les textes puissent parler à plusieurs personnes différentes, pour des raisons différentes. »

Pianiste depuis son jeune âge, Elliot Lavergne interprète du classique avant d’étudier le jazz au collégial. À 15 ans, il apprivoise la musique électronique et commence à composer sur ordinateur.

« Souvent, je vais commencer par écrire la musique, m’amuser, puis faire un morceau que j’aime. Si c’est vraiment bon et que ça me tente de continuer dessus, je vais essayer de poser des paroles. Je me laisse inspirer par ce qui me préoccupe, par mon état d’esprit dans le moment. »

Ces préoccupations qu’aborde Roublond sont d’ordre social, voire politique. La montée de la droite, la perte du sentiment de communauté, le coût environnemental de l’intelligence artificielle sont des questions autant décourageantes qu’engageantes pour Elliot Lavergne.

« J’ai l’impression que notre communauté est en train de s’effriter, parce qu’il y a tellement d’enjeux. Le même virus, mais des symptômes différents. J’aimerais réussir à rallier les gens, recréer un sentiment de communauté qui est plus fort, dans une communauté qui serait la plus inclusive possible », détaille le musicien.

« Je pense que les plus jeunes générations, on a envie que ça change pour de vrai. Puis ça va changer, il faut juste croire en nous. »

Couronné à Granby

Au Festival international de la chanson de Granby (FICG), Elliot Lavergne estime que ce sont son excentricité et l’aspect théâtral de sa performance qui ont charmé l’auditoire.

« J’ai vraiment réussi à amener le public ailleurs et à faire oublier qu’on était dans une compétition. C’était juste un moment à vivre, c’est comme ça que je l’ai vécu. Je ne me rendais pas compte que j’étais en train de jouer pour un prix. J’étais en train de jouer pour un public et je pense que le voyage a eu lieu. »

L’artiste souligne également la « belle capacité à comprendre nos univers musicaux » des organisateurs et de l’orchestre maison, qui faisait « ressortir le meilleur de chacune et chacun de nous. » Au-delà des prix, Roublond se rappellera de rencontres humaines et de collaborations naissantes.

Sa victoire en finale du FICG s’accompagne de plusieurs récompenses, dont une bourse de 25 000 $ qu’il souhaite investir sans trop de délais pour la suite de son parcours musical.

« Le développement de ma carrière, pour l’instant, ça va être de la composition. Ça va être aussi de former un band, construire un show qu’on pourrait jouer un peu partout, dans plusieurs vitrines, plusieurs festivals à travers le Québec », explique Elliot Lavergne.

« J’aimerais créer un engouement autour du projet Roublond, avec peut-être un ou deux singles. Mais j’aimerais surtout être une présence scénique et en personne. Avant d’être un artiste que tu écoutes dans une playlist, j’aimerais que les gens comprennent la personne que je suis en venant me voir, en venant me rencontrer. »

Pour le moment, les titres du musicien ne sont disponibles sur aucune plateforme de distribution, une situation appelée à changer puisqu’il a décroché un passage à la radio et que ses chansons doivent être prêtes pour l’antenne. Dans tous les cas, Roublond continuera de faire le pari du son nouveau et de l’avant-garde, quitte à emmener la musique là où elle ne s’est pas encore rendue.