Des outils pour les parents ayant vécu une enfance difficile

Par Boris Chassagne | Initiative de journalisme local
Des outils pour les parents ayant vécu une enfance difficile

Une équipe de psychologues et de chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) a mis en ligne une série de 19 capsules vidéo destinées aux centaines de milliers de parents québécois qui ont souffert d’abus, de négligence, de maltraitance et de traumas durant leur enfance.

«Ces capsules visent à sensibiliser et former un vaste public sur la parentalité à la suite d’expériences traumatiques et, aussi, à les renseigner sur les ressources souvent méconnues qui sont mises à leur disposition » précise Nicolas Berthelot, professeur au département des Sciences infirmières de l’UQTR qui collabore au projet.

L’expérience et l’exercice de la parentalité sont souvent teintés de ce qu’on a vécu au cours notre enfance.

« Ce sont des choses qu’on a pu documenter à travers nos recherches scientifiques et qu’on constate aussi sur le terrain avec la collaboration des milieux de pratique », indique M. Berthelot qui a développé ce projet de capsules avec l’aide de Christine Drouin‑Maziade et Roxanne Lemieux, toutes deux professeures, psychologues et professionnelles de recherche rattachées au Centre d’études interdisciplinaires sur le développement de l’enfant et la famille (CEIDEF) de l’UQTR.

Ces traumatismes constituent des facteurs de risques importants, car les enfants de parents ayant vécu des traumatismes sont trois fois plus à risque d’en vivre à leur tour. «Heureusement, la majorité des parents parvient à intercepter la continuité intergénérationnelle de la maltraitance et vont offrir à leurs enfants beaucoup mieux que ce qu’ils ont vécu. »

Le stress, la désillusion et la détresse peuvent être des facteurs déclencheurs. « Le fait de transiter vers la parentalité est un moment assez charnière. Ça peut réactiver toutes sortes de choses propres à l’histoire traumatique de ces personnes. S’ajoutent les bouleversements émotionnels, hormonaux, physiques, professionnels et sociaux  qui peuvent venir exacerber des problèmes latents, explique M. Berthelot. Il ne faut pas alors  hésiter à aller chercher de l’aide quand on en ressent le besoin. On a de bonnes ressources. »

Depuis 2016, l’équipe de l’UQTR a rencontré près de 1 000 femmes enceintes en Mauricie–Centre-du-Québec et ailleurs au Québec. Près du tiers d’entre elles disent avoir été victimes de négligence, de violences physiques ou d’agressions sexuelles au cours de leur enfance. « On observe des statistiques similaires chez les hommes », précise le professeur.

Il s’agit de chiffres  qui se comparent à d’autres études populationnelles réalisées ailleurs au Canada et dans le monde, ajoute-t-il.

L’équipe de l’UQTR travaille activement depuis deux ans au déploiement de son programme d’intervention et de soutien à la transition et à l’engagement dans la parentalité (STEP). Ce programme est pour l’heure offert à une quinzaine de femmes de la région de la Mauricie–Centre-du-Québec.

« On est en train de l’adapter pour l’offrir aux pères. Ce serait l’une des premières interventions du genre au monde », soutient Nicolas Berthelot. « Nos données préliminaires semblent suggérer que ça a un effet positif sur leur niveau de détresse psychologique, mais il va falloir encore quelques années pour bien documenter le programme.»

Les capsules vidéo sont offertes gratuitement et en ligne aux parents en difficulté et aux intervenants qui œuvrent auprès d’eux. Elles ont été réalisées dans le cadre du projet Être parent après avoir été victime d’abus ou de traumatismes.

Dix capsules parlent des ressources mises à disposition des parents ayant vécu des traumatismes (www.uqtr.ca/ceidef/ressourcestrauma). Les neuf autres abordent l’expérience de la parentalité chez les personnes ayant vécu de mauvais traitements (www.uqtr.ca/ceidef/transferttrauma).

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