Des proches aidants à bout de souffle

Photo de Marie-Eve B. Alarie
Par Marie-Eve B. Alarie
Des proches aidants à bout de souffle
Christiane Guilbeault, coordonnatrice du Regroupement des aidants naturels de la Mauricie. (Photo : Marie-Eve Alarie)

Les organismes de la région œuvrant auprès des proches aidants lancent une ligne de soutien psychosocial dans le but d’accompagner les proches aidants de la Mauricie durant la période de la pandémie de la COVID-19.

La ligne 1 888 670-9795 est ouverte du lundi au vendredi de 8h30 à 17h30 pour permettre aux proches aidants et aînés de la région à entrer en contact avec un intervenant d’un organisme qui sera au bout du fil pour écouter les aidants désirant du soutien dans cette période difficile.

On souhaite aussi rejoindre les proches aidants qui n’ont pas nécessairement le réflexe de faire appel aux services offerts par les organismes normalement grâce à cette initiative conjointe du Regroupement des aidants naturels de la Mauricie, de l’Association des personnes aidantes de la Vallée-de-la-Batiscan, de l’Association des aidants naturels du bassin de Maskinongé, du Centre d’action bénévole de Grand-Mère, de Parkinson Centre-du-Québec/Mauricie et de l’Association des Cardiaques.

«On a des inquiétudes, car on sait qu’il y a un certain nombre de proches aidants qui habitent avec leur personne aidée. Dans le cas de la maladie de Parkinson, comme ce sont des gens qui n’ont pas nécessairement des pertes cognitives associées, ils restent à la maison longtemps. Les aidants attendent parfois longtemps, aussi, avant de faire appel à nos services ou au service de répit. Beaucoup d’aidants qui se retrouvent dans une situation de conjoint ne se perçoivent pas comme un aidant naturel», souligne Hélène Lapointe, directrice générale de Parkinson Centre-du-Québec/Mauricie.

«Par ailleurs, nos membres sont des septuagénaires, en moyenne, de sorte qu’ils sont confinés, ne veulent pas aller à l’épicerie et sont plus isolés qu’en temps normal, poursuit Mme Lapointe. Avec les enfants qui ne peuvent plus vraiment venir les visiter pour aider, le proche aidant est plus fatigué depuis le début de la pandémie. On se doute que beaucoup de proches aidants doivent être épuisés en ce moment.»

À l’Appui Mauricie, qui soutient les organismes voués au soutien des proches aidants, on constate déjà une augmentation de 30% des appels à la Ligne Info-Aidants comparativement à l’habitude.

Ligne de soutien pour les proches aidants de la Mauricie : 1 888 670-9795

Info-Aidant : 1 855 852-7784

«On a amené des gens de plus pour répondre aux appels. La ligne est ouverte sept jours sur sept, de 8h à 20h, précise Florence Pauquay, directrice générale de l’Appui Mauricie. Les risques de contagion reviennent souvent dans les inquiétudes manifestées par les aidants au bout du fil. Les préoccupations habituelles sont toujours là également, de sorte qu’avec la COVID-19 qui s’est ajoutée, ça peut devenir anxiogène, surtout quand on sait qu’on aide une personne vulnérable.»

Hélène Lapointe, directrice de Parkinson Centre-du-Québec/Mauricie.

D’autres proches aidants souffrent de ne plus pouvoir être présents auprès de la personne qu’ils aidaient normalement, car elle se trouve dans un CHSLD ou une résidence pour aînés. Avec l’interdiction des visites dans ces lieux dès les débuts de la pandémie, des proches aidants ne pouvaient plus voir leur proche du jour au lendemain.

«Quand la personne aidée a des pertes cognitives, c’est plus difficile pour l’aidant d’entrer en contact par téléphone», fait remarquer Mme Pauquay.

Certains aidants se rendaient au CHSLD au quotidien pour aider un proche à se nourrir ou à se dégourdir les jambes un peu, lorsque c’était possible.

«Avant que la COVID-19 n’entre en jeu, ils s’inquiétaient et se questionnaient déjà à savoir si la personne aidée avait tous les services dont elle avait besoin, considérant que les employés de la résidence ou du CHSLD étaient déjà débordés, soutient Christiane Guilbeault, coordonnatrice du Regroupement des aidants naturels de la Mauricie. Beaucoup d’aidants embauchaient un travailleur autonome pour aller faire manger leurs parents, par exemple, en CHSLD, ce qui dégageait un peu de temps aux employés. Avec le confinement, ils ne peuvent plus y aller et ils savent que les employés ne sont pas assez nombreux. On sent que ça les inquiète.»

Moins de répit

En temps normal, les proches aidants pouvaient faire appel au service de répit des organismes lorsqu’ils avaient besoin de prendre un peu de temps pour eux, que ce soit pour aller prendre un café, magasiner, faire des courses ou, parfois tout simplement, dormir. Toutefois, depuis le début de la pandémie au Québec, les annulations de répit ont été nombreuses.

«De notre côté, plusieurs travailleurs autonomes qui se déplaçaient pour offrir le répit ont près de 70 ans, donc beaucoup d’entre eux se sont mis eux-mêmes en quarantaine lorsque le gouvernement a demandé aux aînés de 70 ans et plus d’éviter de sortir de chez eux, explique Mme Guilbeault. Beaucoup de familles ont aussi annulé leur répit, car elles ne voulaient plus voir quelqu’un de l’extérieur entrer dans leur maison avec les risques de propagation que cela pouvait impliquer. Pourtant, on sait que des proches aidants qui s’occupent d’un proche vivant une grande perte d’autonomie auraient eu besoin d’un peu de répit.»

CHSLD : un coup de main des aidants

Au retour du congé de Pâques, le premier ministre François Legault a laissé entendre que des proches aidants pourraient être permis dans les CHSLD et les résidences pour aînés pour prodiguer des soins à leur être cher, tels que des soins d’hygiène ou pour le nourrir. Ce sont environ 10% des aidants qui prodiguaient de tels soins de façon régulière en CHSLD avant le début de la pandémie.

Cependant, ces proches aidants doivent être identifiés par les directions d’établissement. Évidemment, ils ne doivent pas avoir été déclarés positifs lors d’un test de dépistage de la COVID-19. Aucun autre type de visite ne sera autorisé dans les CHSLD et les résidences pour aînés.

Hélène Lapointe, de Parkinson Centre-du-Québec/Mauricie croit que les personnes qui ne se considéraient pas comme des proches aidants avant la crise se reconnaîtront peut-être davantage comme tel dans le futur. «J’espère que les proches aidants viendront également plus vers les services dont ils ont besoin pour être moins épuisés ultimement», note-t-elle.

«J’espère qu’au terme de cette crise, cela aura contribué à une meilleure reconnaissance du rôle des proches aidants dans la société, mais aussi à une prise de conscience au niveau des aînés isolés», renchérit Florence Pauquay, de l’Appui Mauricie.

***

Des cafés-rencontres 2.0

Chamboulés dans leur organisation de travail depuis l’annonce des recommandations du gouvernement relatives à la COVID-19, les organismes ont fait preuve de créativité et de détermination pour continuer à offrir leurs services.

Carpe Diem – Centre de ressources Alzheimer, Parkinson Centre-du-Québec/Mauricie et le Regroupement des aidants naturels de la Mauricie, entre autres, ont mis en place des cafés-rencontres virtuels par le biais de la plateforme de vidéoconférence Zoom, ce qui permet de rejoindre une partie des membres étant plus à l’aise avec l’informatique. L’Appui Mauricie a d’ailleurs maintenu son Appui lettre en format papier.

La page Facebook Proches Aidants Mauricie se veut aussi une interface propice aux échanges pour les aidants de la région.

«On essaie d’innover pour continuer de rejoindre les proches aidants avec nos initiatives. On sait aussi qu’une partie de notre clientèle est moins habituée avec l’informatique. C’est plus difficile pour ces personnes en ce moment. On a hâte de pouvoir recommencer nos activités en personne, mais les aidants seront peut-être craintifs de venir aux ateliers et rencontres au début. On va s’adapter à la situation et aux mesures afin de les aider du mieux que l’on puisse», conclut Mme Guilbeault.

Les organismes de soutien aux aidants naturels poursuivent également les appels téléphoniques auprès de leurs membres pour prendre des nouvelles et offrir du soutien psychosocial en cas de besoin.

Partager cet article

Laisser un commentaire

avatar
  S'inscrire  
Me notifier des