Elmec veut révolutionner l’industrie agricole

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Par Bernard Lepage
Elmec veut révolutionner l’industrie agricole
Lorsqu'il sera opérationnel, si on retranche le temps pour se recharger, les robots pourraient travailler 20 heures sur 24, 7 jours sur 7. (Photo : courtoisie Elmec)

INTELLIGENCE. Un bataillon de tracteurs sans chauffeur qui sarclent silencieusement un champ de brocolis dans un ballet synchronisé au quart de tour.

Science-fiction? Utopie? Pas du tout rétorque Jean-Marc Pittet qui entend révolutionner l’industrie agricole comme l’a fait la mécanisation de la machinerie au début du XXe siècle.  «L’arrivée des tracteurs et des trayeuses a permis d’améliorer la vie des agriculteurs en libérant leurs bras. Demain, c’est l’intelligence artificielle (IA) qui aura le même impact», prédit-il.

Depuis près de deux ans, l’homme de 65 ans travaille conjointement avec l’Institut du véhicule innovant (IVI) sur un robot propulsé par l’énergie électrique et doté d’une IA.  L’engin sera apte à désherber les champs et à analyser la santé des sols mais éventuellement, on pourra lui greffer n’importe quelles sortes d’outils. «Il pourrait récolter des légumes, tondre le gazon et même resurfacer une glace», s’enthousiasme l’inventeur.

Le propriétaire d’Elmec, qui œuvre dans la fabrication de bornes de recharge, en connaît déjà beaucoup sur les véhicules électriques et autonomes. «Mais au départ, je suis un agriculteur», précise celui qui est arrivé à Saint-Tite avec son frère Alphonse et leurs parents au début des années 1980. «Sarcler à s’en étourdir d’immenses champs de betteraves, je faisais ça quand j’étais jeune en Suisse. Une job de débile mental», sourit-il.

À l’IVI, un centre collégial de transfert technologique rattaché au Cégep de Saint-Jérome, une équipe d’ingénieurs met présentement la touche finale au prototype qui sera testé directement dans les champs au printemps 2020.

Propulsé par quatre moteurs-roues électriques qui seront alignés dans les rangs de culture, le véhicule sera équipé de caméras 3D capables de différencier une mauvaise herbe d’un plant de salade et d’identifier les obstacles à contourner. Préalablement, le tracteur intelligent aura intégré une cartographie GPS du champ à sarcler.  D’une dimension de 10 pieds de long par 6 pieds de largeur et d’un poids de 2 tonnes, le robot aura une puissance mécanique de 30 HP.

Jean-Marc Pittet, président-fondateur d’Elmec.

Une flotte de robots à louer

Parce que l’industrie agricole est elle aussi aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre et que les fenêtres de temps sont de plus en plus réduites pour accomplir certaines tâches, les tracteurs sont de plus en plus gros. Cela emmène d’autres problématiques comme la compaction des sols et des investissements de plus en plus importants pour s’équiper.

Le tracteur électrique autonome devient la solution à ces enjeux selon Jean-Marc Pittet qui entend commercialiser son produit en le vendant ou en le louant. Ainsi, dans son plan d’affaires, il offrirait ses services aux agriculteurs en transportant sur un fardier une flotte de six véhicules jusque dans leur champ. «À 30 HP chacun, c’est comme un tracteur de 200 HP, mais le travail est fait six fois plus rapidement et ça endommage moins les sols à cause du poids», explique Jean-Marc Pittet. Le fardier transportera également un système de batteries emmagasinant de 1 à 2 mégawatts d’énergie et qui servira à recharger les robots directement sur place.

L’ex-agriculteur prévoit que son produit suscitera l’intérêt des producteurs maraîchers biologiques. «Dans la culture traditionnelle, ils vont continuer à utiliser le Round Up pour éliminer les mauvaises herbes car c’est encore plus économique mais dans le bio, les coûts de sarclage sont relativement élevés et la main d’œuvre, difficile à trouver. Et dans sa stratégie, le gouvernement entend doubler la superficie des cultures biologiques au Québec.»

Mais comme il le mentionnait à L’Hebdo le printemps dernier, c’est Trois-Rivières plutôt que Shawinigan qui risque de bénéficier des fruits de cette révolution agricole. Des relations difficiles avec l’administration Angers, la disponibilité de la main d’œuvre, le manque d’espace de stationnement à son usine du secteur Grand-Mère ainsi que l’accès difficile pour les camions de livraison et d’expédition sont les facteurs invoqués par l’homme d’affaires pour justifier sa décision. «Je n’ai pas changé d’idée. Je prévois toujours déménager en 2020 ou 2021», termine Jean-Marc Pittet.

 

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