Enlèvements, meurtres et cinéma

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Par Audrey Leblanc

Enlèvements, meurtres d’enfants et un criminel qui court toujours. Voilà les pièces du casse-tête que tente de reconstituer le cinéaste Stephan Parent. Présentement en tournage pour son documentaire «Novembre 84», il était de passage samedi dernier à Shawinigan afin de récolter un important témoignage dans cette affaire: celui de Sylvie Beaudoin dont le frère a été poignardé de 31 coups de couteau, dont 13 mortels, le 7 novembre 1975. Le corps de la jeune victime de 12 ans avait été retrouvé dans la cour de l’école Saint-Bernard, le lendemain.

Mineur à l’époque, le coupable, dont on ne peut révéler l’identité du fait que la victime était mineur, avait évité la prison. Vingt ans plus tard, en 1995, le même individu est condamné pour agression armée, menaces et séquestration dans la région de Montréal. L’année suivante, le récidiviste est de retour à Shawinigan où il est reconnu coupable d’agression sexuelle et de séquestration.

En mars 2010, alors âgé de 50 ans, l’homme plaide coupable pour agression sexuelle envers un garçon de 11 ans. Il admet avoir touché le pénis du gamin à son appartement situé sur la 3e avenue à Shawinigan-Sud.

Mais pour le cinéaste Stephan Parent, le passé criminel du criminel est bien plus sombre. Depuis 3 ans, son équipe et lui mènent une enquête sur une affaire irrésolue datant de 1984. Dans son documentaire «Novembre 84», Stephan Parent tente de faire la lumière sur les meurtres de trois enfants survenus le 1er novembre 1984 à Montréal. Il s’agit de Maurice Viens (4 ans), Sébastien Métivier (8 ans) et Wilton Lubin (12 ans).

Le petit Maurice a été enlevé dans le quartier Sainte-Marie et son corps été retrouvé quelques jours plus tard. Les deux autres garçons ont aussi été kidnappés le même jour dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Le corps de Wilton a été retrouvé, mais l’endroit où se trouve celui de Sébastien demeure un mystère.

Bien que 30 ans plus tard, le cinéaste soupçonne que le Shawiniganais a un lien avec cette affaire. «Perron connaissait plusieurs suspects reliés à ces meurtres, affirme M. Parent. Surtout concernant l’affaire de Maurice Viens, 4 ans, dont le corps a été retrouvé dans une maison abandonnée à Saint-Antoine-sur-Richelieu.»

De trois meurtres à sept

Ce qui devait au départ être une enquête sur les meurtres de trois enfants a rapidement pris de l’ampleur. «Au départ, je ne m’intéressais qu’à ces trois cas-là parce que c’était les trois que je connaissais, indique Stephan Parent. Mais à force d’enquêter, on s’est rendu compte qu’il y aurait potentiellement sept cas semblables, donc sept victimes, et que l’auteur de tous ces meurtres serait une seule et même personne.»

M. Parent explique que le concept du documentaire est de reprendre depuis le début et de recréer les scènes des enlèvements dans les moindres détails. «En faisant ça, on espère que quelqu’un va se souvenir de quelque chose qui nous permettra de mettre la main sur le coupable, précise-t-il. On travaille avec témoins et des témoignages, comme ceux de Sylvie Beaudoin, de la mère de Sébastien Métivier et d’un témoin oculaire qui se trouvait à côté de Maurice Viens quand il a été kidnappé.»

De cinéaste à enquêteur

Il y a trois ans, alors que Stephan Parent était à la recherche d’un sujet pour son prochain film, une idée lui vint à l’esprit. Il se demanda ce qui était advenu de l’enquête portant sur les tristes événements qui ont marqué le 1er novembre 1984.

«J’habitais dans ce coin-là quand c’est arrivé en 1984 et je connaissais la mère de Maurice Viens, raconte-t-il. Quand j’ai commencé à regarder tout ça de plus près, je me suis rendu compte que les choses n’avaient pas vraiment avancé depuis ce temps-là.»

«J’ai alors appelé la mère de Sébastien Métivier, j’ai discuté avec elle et je lui ai demandé s’il y avait eu du nouveau depuis, poursuit ce dernier. Elle m’a répondu non. C’est là que j’ai senti qu’il y avait de la matière pour faire un film.»

Quelque temps plus tard, ses recherches l’ont mené à la Shawiniganaise Sylvie Beaudoin, dont le frère avait été poignardé à mort en 1975. «J’avais reçu un message sur mon compte Facebook au mois d’octobre, mais je ne l’avais jamais regardé jusqu’à la semaine dernière», raconte Mme Beaudoin.

«Tout est allé très vite après ça, poursuit cette dernière. Si j’ai accepté de raconter l’histoire de mon frère, c’est parce que j’ai bon espoir que les choses soient résolues et que le ou les coupables soient condamnés. Aujourd’hui, je ne ressens pas la même colère qu’il y a quelques années, mais je veux que justice soit rendue.»

Quant à la sortie du documentaire, elle est prévue pour le 1er novembre 2014, soit 30 ans jour pour jour après les enlèvements et les meurtres de Maurice Viens, Sébastien Métivier et Wilton Lubin. Ceux et celles qui détiennent de l’information pertinente à cette enquête peuvent écrire au cinéaste Stephan Parent à l’adresse suivante: documentairereportage@yahoo.ca

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