La fierté des familles Dénommé et Goyette

Photo de Patrick Vaillancourt
Par Patrick Vaillancourt

Les familles d’Ovila Dénommé et d’Henri Goyette auront les yeux dans l’eau ce vendredi alors que la Classique internationale de canots de la Mauricie intronisera ces deux légendes de la Classique au tout nouveau Temple de la renommée du canot.

«Je suis bien heureuse qu’Ovila soit un des premiers à être intronisé au Temple de la renommée du canot, exprime Mme Colette Dénommé, la veuve d’Ovila Dénommé. Il le mérite! Ça sera vraiment une soirée spéciale de voir son buste et l’étoile à son nom sur la promenade à Shawinigan. Réjean Huard m’avait juré l’année dernière qu’Ovila serait un des premiers à être intronisé au Temple de la renommée et il a tenu sa parole. Je suis bien contente!»

Pour son fils Yves qui fera la Classique de canots encore cette année, ce sera une soirée tout aussi spéciale. «Nous ne savons pas grand-chose, il y aura des surprises. Mais c’est certain que ce sera une soirée spéciale. Aussi, ce sera moins émotionnel au départ cette année, je serais plus concentré.»

On se rappellera que l’an passé, les organisateurs de la Classique avaient rendu hommage au Latuquois Ovila Dénommé en déversant ces cendres dans la rivière St-Maurice tout juste avant le départ, lui qui est décédé au cours de l’année 2007.

Pour la fille d’Henri Goyette, Angèle Goyette-Tanguay, cette soirée sera particulière également. «C’est tout un honneur, surtout quand on pense que ça fait si longtemps que mon père est décédé. (1964) On ne s’attendait pas à ça. C’est encore plus honorifique en sachant qu’il sera un des premiers à être intronisé en compagnie de mon oncle Ovila.»

Mais Mme Dénommé aurait aimé que son défunt mari soit présent pour cette intronisation. «Ovila aurait aimé que ça se passe de son vivant. Un peu comme l’inauguration du quai Dénommé-Goyette il y a quelques années. Aussi, il voulait qu’Henri Goyette soit honoré au même titre que lui. Il disait : "Si vous ne faites rien pour Henri, ne faites rien pour moi." Moi je serais présente avec huit de mes enfants. De son côté, la veuve d’Henri Goyette, Marie-Paule, ira avec deux de ses filles. Ça sera agréable de se voir pour l’occasion.»

Et comment les Latuquois ont-ils perçu M. Dénommé au fil des ans? «Les Latuquois ont toujours été fiers d’Ovila, affirme Mme Dénommé. Les gens m’arrêtaient souvent pour me dire que j’étais chanceuse d’être mariée avec un champion comme lui. Les gens n’ont jamais arrêté de m’en parler, même après sa mort.»

Et comment Mme Dénommé a-t-elle vécu les années fastes d’Ovila Dénommé? «Je me suis mariée avec lui à 16 ans, et à 17 ans, je suis tombée enceinte. Ovila a commencé à faire du canot pour le plaisir lorsque j’ai eu le premier de mes 18 enfants. Il a pris goût au canot et c’est devenu plus sérieux quand Mme McCormick l’a approché pour faire équipe avec Henri. À l’époque, on travaillait pour elle. Henri et Ovila ont été performants ensemble dès le départ. De mon côté, je n’ai jamais assisté à une course de mon mari parce que j’étais toujours enceinte. Ça me faisait quelque chose, mais je l’écoutais à la radio avec ma mère. Quand on entendait qu’Ovila était premier, on ne se possédait plus ma mère et moi. Lui, il courait en canot et moi je courrais dans la maison avec la tralée d’enfants. Mais nous n’avons pas d’honneur à élever une famille. On devrait avoir un trophée pour élever 18 enfants», raconte Mme Dénommé avec un brin d’humour.

La période faste

Pour Mme Dénommé, la plus belle période a été celle où son mari courrait pour Mme McCormick. «On ne devait pas parler en mal de Mme McCormick. Elle était sévère. Elle était quelque chose, elle avait toujours quelque chose à demander à Ovila. Elle était très exigeante, mais elle avait aussi le cœur à la bonne place. On ne payait rien. À l’époque, on devait payer pour l’hôpital et elle m’avait payé une chambre privée à un de mes accouchements. Elle payait aussi pour nos enfants à l’école.»

C’est aussi Mme Anne Stillman-McCormick qui a pris la décision de mettre à la retraite ses deux protégés après leur dernière conquête. «Elle ne voulait pas que les autres équipes prennent les trucs d’Ovila et Henri, ajoute Mme Dénommé. J’étais contente qu’Ovila prenne sa retraite, parce que j’étais toujours inquiète. C’est quelque chose d’être la femme d’un canotier. Il faut le vivre pour savoir comment on se sent. J’avais de la fierté, mais je me sentais aussi coupable de le laisser partir avec les risques qu’il y avait. La rivière était pleine de pitounes à l’époque. Je lui ai dit qu’il allait enfin pouvoir m’aider dans la maison avec les enfants», termine-t-elle avec un large sourire.

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