L’adjoint qui traverse le temps

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Par Patrick Vaillancourt
L’adjoint qui traverse le temps
Martin Gélinas (Photo : courtoisie Calgary Flames hockey club)

HOCKEY. Dès qu’un entraîneur est embauché dans la Ligue nationale de hockey (LNH), il sait qu’il s’assoit sur un siège éjectable. C’est encore plus vrai pour un entraîneur adjoint. Mine de rien, le Shawiniganais Martin Gélinas soulignera ses 9 ans comme adjoint avec les Flames de Calgary, lui qui en est présentement à son cinquième entraîneur-chef avec qui il travaille.

Après que Bob Hartley a fait appel à Martin Gélinas le 14 juin 2012 pour qu’il devienne son adjoint avec les Flames, celui qui a été surnommé «l’éliminateur» pour ses buts gagnants en séries comme joueurs, a travaillé avec quatre autres entraîneurs: Glen Gulutzan de 2016 à 2018, William Peters en 2018-2019, Geoff Ward de 2019 à 2021, et depuis le mois de mars dernier avec Darryl Sutter.

Souvent, un nouvel entraîneur peut choisir les hommes avec qui il veut travailler, mais Martin Gélinas est demeuré bien en poste malgré les nombreux changements. Qu’est-ce qui explique sa longévité? «Je ne sais pas si c’est la relation que j’ai avec les joueurs, je pense que j’ai une bonne relation. L’organisation voulait sans doute me garder pour la stabilité avec les joueurs.»

Un fait amusant, Martin Gélinas travaille maintenant avec Darryl Sutter, mais ce dernier a aussi été son entraîneur lors de son premier séjour à la barre des Flames entre 2002 et 2006. «Je me rappelle comme joueur de l’intensité que Darryl pouvait avoir. Il était capable de peser sur les boutons pour avoir le maximum des joueurs. Il a encore la même intensité, et j’apprécie encore plus ce que je vois. Quand on ferme les portes et qu’on parle de la game de hockey, il a un génie pour le hockey. Je peux vraiment apprécier toutes ses connaissances maintenant. Il n’a pas tant changé comme entraîneur, quand il voit quelque chose de pas correct, il va le dire directement au joueur.»

Est-ce que le Shawiniganais a été déçu de ne pas avoir le poste d’entraîneur en chef avec les Flames en mars dernier? «Non pas du tout. Quand j’ai commencé avec Bob Hartley, j’ai eu la piqure pour devenir entraîneur en chef. Mais après ça, j’étais correct avec mon rôle comme adjoint. Ce n’est pas dans mes aspirations de devenir entraîneur-chef. Je me plais à Calgary et dans mon rôle.»

Son rôle comme adjoint

Au cours des 24 derniers mois, le Shawiniganais a travaillé avec trois différents entraîneurs. Est-ce que son rôle a changé au fil du temps? «Ç’a changé d’année en année. Avec Bob Hartley et Jacques Cloutier pour les trois premières années, je m’occupais de l’avantage numérique. Quand Glen Gulutzan est arrivé, il a emmené Dave Cameron et c’est lui qui s’occupait de l’avantage numérique. Je m’occupais un peu plus des systèmes. J’étais en haut et entre les périodes, je disais ce que je voyais. Je m’occupais aussi des systèmes avec Bill (William) Peters. Avec Geoff Ward, il m’utilisait pour que je regarde les systèmes des autres équipes, et je mettais ça sur vidéo. Présentement, je suis encore sur le banc avec Darryl Sutter. Mais il n’aurait pas besoin de moi sur le banc tellement il voit bien la game. Je vois encore aux systèmes, et comme nous avons plus de gars cette saison, c’est moi qui suis en charge de leurs pratiques. Le rôle a changé au fil des ans, mais les journées sont toujours pleines!»

La saison hors de l’ordinaire

C’est une année qui a été difficile dans tous les secteurs, et le monde du hockey n’y a pas échappé. «Ce n’est pas facile pour personne. Comme équipe, c’est très différent. Le joueur veut jouer devant des foules, et ce n’est pas possible. La saison est courte, intense, et on n’a aucun break. On essaye de faire les séries et remonter au classement, alors les choses sont encore plus difficiles. Quand on est sur la route, on est limité à l’hôtel, à nos chambres et à la salle à manger. Au moins on n’a pas eu de cas avec les Flames. Quand on regarde ce qui se passe chez les Canucks, ce n’est pas drôle. Ce n’est pas juste les joueurs, c’est leur famille aussi, des femmes enceintes qui ont le Covid. Nos joueurs font attention, mais on ne sait jamais. Ça peut être un enfant qui ramène ça à la maison. On a été chanceux, parce que le jour que la ligue a arrêté les Canucks, on était là. On était sur la glace pour l’échauffement, mais on ne savait pas à quel point c’était grave.»

Shawinigan toujours dans son coeur

Martin Gélinas n’a pas mis les pieds dans sa ville natale depuis un bon moment en raison des circonstances. «Je voulais y aller l’été passé et j’ai manqué mon coup. Mes parents me manquent beaucoup. J’essaie de les appeler le plus souvent que je peux. Ils ont eu leur vaccin, alors ça s’en va dans la bonne direction pour eux.»

Les Flames sont en visite à Montréal afin de disputer deux rencontres contre le Canadien mercredi et vendredi. Est-ce que le Shawiniganais aura l’occasion de voir sa famille? «Je n’ai pas beaucoup de temps en trois jours pour faire un aller-retour entre Montréal et Shawinigan, et je ne pourrais pas entrer dans la maison. Je me sentirais mal d’apporter le virus à mes parents. On va être patient. Mais mon père m’a parlé de prendre une marche dehors à Montréal entre les deux matchs. À deux mètres de distance, il n’y aurait pas de problème. Ça serait super de pouvoir voir mon père!»

Le Shawiniganais a voulu saluer les gens de sa patrie natale en disant qu’il avait souvent une pensée pour les gens d’ici.

Les marchés canadiens

Le Shawiniganais a eu la chance de jouer dans trois marchés canadiens où le hockey est roi et maître. «Que ce soit à Vancouver, Edmonton ou Calgary, quand les choses vont bien, la ville est en euphorie, et quand ça va moins bien, tu le sens qu’ils ne sont pas contents. Mais dans les marchés canadiens, quand tu ne gagnes pas, mais que les gens voient que l’équipe travaille fort, ils apprécient quand même le travail. C’est pour ça j’adore Calgary, parce que les gens embarquent.»

Transaction Gretzky

Est-ce que le Shawiniganais se fait encore parler de la plus grande transaction de l’histoire du hockey en 1988 qui a envoyé la merveille d’Edmonton à Los Angeles? «Chaque mois d’août, les journalistes m’appellent! Les gens n’oublient pas. On dirait que c’est sur le calendrier des journalistes. Il y en a moins aujourd’hui, mais il y en a encore. Quand c’est arrivé, j’étais jeune et je n’avais pas compris l’impact que ça pouvait avoir, pas juste pour le hockey, mais sur le sport en général. Il n’y avait jamais eu de gros échange comme ça. J’étais un petit morceau dans l’échange. Et c’est ce qui m’a permis de gagner une coupe Stanley. Je regarde le ciel et j’ai été béni pour ma carrière en étant à la bonne place au bon moment.»

Martin Gélinas en chiffres

Joueur

-19 saisons, 1273 matchs, 309 buts, 351 passes, 660 points

-147 matchs en séries, 23 buts, 33 passes, 56 points

-Gagnant de la coupe Stanley en 1989-1990

-9 août 1988: échangé des Kings de Los Angeles aux Oilers d’Edmonton dans la fameuse transaction de Wayne Gretzky

Entrâineur-adjoint

-9 saisons à titre d’entraîneur adjoint avec les Flames de Calgary

-14 juin 2012 il joint l’équipe d’entraîneur des Flames avec Bob Hartley

-4 participations aux séries

Martin Gélinas
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