L’homme à lunettes

Par superadmin
L’homme à lunettes

Par Steeve Carpentier | CHRONIQUE. Au milieu des années 80, j’étais camelot! Plus de 400 exemplaires à distribuer dans les rues de Shawinigan. Je distribuais l’Hebdo et le Pont. Avec mon modeste salaire, j’ai réussi à me payer mon premier vrai 10 vitesses! Oui, je suis sérieux, un bicycle à mille piastres.

J’étais impatient de découvrir ce sport aux racines européennes. Déjà des rumeurs couraient dans la ville qu’un petit groupe sélect allait même jusqu’à traverser le parc national de la Mauricie. Je me devais de rencontrer ces mecs. J’avais soif d’apprentissage et de défis. Où sont-ils? Vont-ils m’accepter dans leur groupe?

Mes informations m’ont guidé vers l’homme à lunettes. C’est à Grand-mère que j’ai rencontré le Woody Allen du vélo. Lunettes rondes appuyées sur un nez au relief digne d’une dure étape de montagne, c’était Gilles! Me voilà chez Cycle Cantin! Le magasin avait un potentiel d’accueil de 8 pieds carrés, cette surface était sans aucun doute la plus peuplée au nord-ouest de la Chine. Les gens s’y entassaient non pas nécessairement pour acheter, mais aussi pour socialiser entre mordus.

Nous avions le cou cassé, car faute d’espace l’inventaire se retrouvait suspendu au plafond. Nous salivions à regarder les cadres de chromoly soudés  à la main par l’Italien Marinoni. Les discussions y étaient interminables et l’ambiance des plus chaleureuses. Les gens s’y sentaient bien. Des débats sur les différents braquets, stratégies de course, et le positionnement étaient  au menu de nos longues envolées oratoires.

Ma première sortie de groupe se passa un mardi soir, départ 16h devant la boutique. Nous sommes revenus juste avant la noirceur. Je fus baptisé: «le jeune qui a survécu!» Ce fut pour moi le commencement d’une grande aventure. J’avais maintenant une passion et des amis cyclistes. Gilles m’a pris sous son aile. Nous étions souvent rassemblés dans son appartement, mangeant des pâtes blanches à l’huile d’olive avec un fond musical de Stevie Ray Vaughan. De là viennent nos surnoms de Gilles Ray et Stevie Ray.

Depuis ce temps, il y en a eu des coups de pédale. Le cyclisme a beaucoup évolué. Comme si nous n’avions jamais grandi, notre point de rassemblement est maintenant au Fit Studio. Notre Gilles Ray, qui vient tout juste de quitter les quinquagénaires, est toujours aussi passionné. Il a le don de raconter des histoires d’il y a trente ans comme si c’était hier. Travaillant maintenant au développement des vélos Ceepo, il garde l’étincelle.

De plus en plus d’adeptes sont maintenant contaminés par la maladie de la moulinette. Notre homme à lunettes peut être fier d’avoir répandu sa passion. Toujours prêt à aider et à partager ses connaissances, il rayonne sur nous. Je te remercie Gilles de m’avoir donné ta roue!

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