Mettre fin aux combats au hockey avec un projet de Loi

Boris Chassagne, Initiative de journalisme local
Mettre fin aux combats au hockey avec un projet de Loi
(Photo : Facebook)

HOCKEY. Les bagarreurs pourraient bientôt être forcés de mettre leurs hormones en veilleuse et de se faire les ongles! L’ancien hockeyeur et député libéral de la circonscription de Marquette, Enrico Ciccone veut mettre fin aux batailles dans les sports et en particulier dans Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ).

Enrico Ciccone vient de déposer à l’Assemblée nationale du Québec le projet de loi 692 qui vise à interdire les batailles dans les activités sportives des moins de 18 ans. Le projet de loi 692 tient sur une page.

«Avec les études sur les commotions cérébrales, qu’un législateur soit obligé encore aujourd’hui de déposer un projet de loi pour protéger les enfants de 15, 16, 17 ans», s’étonne M. Ciccone. «Comment applaudir que des enfants se battent à mains nues? En tant que législateur, c’est un devoir pour moi d’aller au bout de mon pouvoir. Si les organisations sportives n’ont pas la volonté nécessaire, c’est à moi de le faire», ajoute M. Ciccone.

Selon le projet de loi 692, un participant qui enfreint l’interdiction de se batailler est automatiquement expulsé de l’activité à laquelle il participe. Par ailleurs, une fédération d’organismes sportifs ou un organisme sportif non affilié à une fédération, devra aussi prévoir dans son règlement de sécurité, des sanctions applicables en cas de récidive.

Reste que rien n’est acquis, même si l’intention est honorable, affirme le député Ciccone. Il sait bien que les projets de loi déposés par des députés de l’opposition ne sont presque jamais appelés. «Je comprends qu’il y a une ligne de parti à respecter, même si un certain médecin et neurologue m’a fait un pouce en l’air» lors du dépôt dit-il. La pression est dans le camp d’Isabelle Charest, estime le député Ciccone. «Je sais que Mme Charest, la ministre responsable des sports est aussi contre les bagarres, trouve ça barbare, archaïque, mais elle veut donner le temps à la Ligue » affirme M. Ciccone.

Enrico Ciccone qui a déjà fait plusieurs sorties liées à la prévention et au suivi des commotions cérébrales et au dopage dans le sport. «Pourquoi la LHJMQ doit toujours attendre d’avoir de la pression de l’extérieur» pour agir? Qu’en est-il des assauts et des autres types d’agressions dans les sports? Enrico Ciccone n’a pas voulu provoquer une levée de boucliers en ratissant trop large. «Est-ce qu’on pourrait aller plus loin? Oui. Quand tu déposes un projet de loi, il faut être capable de le garder simple… En politique, il faut être patient.»

«J’ai marché dans les souliers de ceux que je veux aider»

Enrico Ciccone est lui-même un ancien joueur de la LHJMQ. Et un petit gars du coin qui fait ses débuts en 1987 avec les Cataractes de Shawinigan.

Enrico Ciccone jouera ensuite dans la Ligue nationale de hockey (LNH). Il chausse en 1990 les patins des North Stars du Minnesota et jouera ensuite pour de nombreuses équipes, dont avec le Blackhawks de Chicago. Il prendra sa retraite en 2000, après avoir joué plusieurs saisons avec les Canadiens de Montréal.

Un devoir de mémoire

Un événement tragique marquera sa vie à tout jamais. «Quand je suis arrivé à Shawinigan, j’étais un mineur. Dès le premier camp d’entrainement avec les Cataractes, on ferme les portes de l’aréna et on nous dit On veut voir les joueurs qui ont du caractère. C’est qui les hommes? On envoie les blancs jouer contre les bleus. Pour se battre. Ce n’est plus du hockey du tout. C’est la première fois que je jetais les gants. J’ai été incité à me battre par mes entraîneurs.»

Un de ses coéquipiers, Dean Bergeron, tombe alors sur la tête lors cette bagarre avec ses propres coéquipiers. Il devient immédiatement paraplégique. «Quand j’ai déposé mon projet de loi, quelques heures plus tard Dean m’a écrit et m’a dit Enrico, bravo, ça me touche beaucoup. Cet accident est toujours resté en moi. Et j’ai dit à Dean, je trouve ça dommage que ce projet de loi n’a pas été déposé il y a 35 ans. Il y a d’autres joueurs à qui c’est arrivé. Il ne faut pas prendre de chances», ajoute M. Ciccone. Le projet de loi 693 pourrait qui sait, faire tache ailleurs au Canada. «Ça prend toujours une première. Quelqu’un qui a le courage de le faire.»

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