Étude: l’accroissement des dépenses en éducation a-t-il porté fruit?
MONTRÉAL — Le gouvernement de la Coalition avenir Québec a bien investi «de façon substantielle» en éducation depuis son arrivée au pouvoir. Les dépenses annuelles par élève ont connu «une progression remarquable» et il y a eu augmentation des effectifs qui donnent des services aux élèves depuis 2018.
Mais est-ce que les résultats sont au rendez-vous? C’est ce qu’a tenté d’évaluer l’Institut du Québec, dans son étude sur les effets des investissements en éducation de 2018 à 2024. Et sa conclusion est nuancée.
«Les dépenses en éducation du gouvernement québécois ont connu une augmentation substantielle depuis l’arrivée au pouvoir de la CAQ, passant de 14,9 G$ en 2018 à 23,4 G$ en 2024. Cela représente une croissance annuelle moyenne de 7,8 %, soit bien au-delà de l’inflation au cours de cette période (3,4 %).»
La hausse s’explique par quelques facteurs, dont l’immigration et les maternelles 4 ans, mais les dépenses par élève ont également crû, soit de 43 % de 2018 à 2024.
L’Institut s’inspire des données de Statistique Canada. «Avant 2018, le Québec dépensait légèrement moins par élève que la moyenne canadienne. Toutefois, cet écart demeure trop modeste pour conclure à un réel sous-financement de l’éducation. Cette situation a cependant été complètement renversée par la croissance rapide des dépenses au cours des dernières années. Si bien qu’en 2022 (données les plus récentes disponibles), les dépenses par élève au Québec étaient 23 % supérieures à la moyenne canadienne.»
«Il y a vraiment eu une bonification des services, puis une bonification des services qui contraste avec ce qu’on voit ailleurs au Canada», a commenté en entrevue Emna Braham, présidente-directrice générale de l’Institut du Québec.
Cela s’explique entre autres par des clauses qui ont été négociées par les syndicats en éducation, comme l’ajout d’aides à la classe, l’ajout de services professionnels spécialisés et le recrutement de beaucoup d’enseignants.
L’Institut rappelle cependant que bon nombre de ces enseignants recrutés à la hâte n’ont pas les diplômes requis d’enseignants dûment formés. «Les rares données disponibles indiquent que plus du quart des enseignants ayant travaillé dans le réseau en 2020 n’étaient pas légalement qualifiés.»
Des défis et des inconnues
Quant aux résultats de ces investissements substantiels en éducation depuis 2018, ils sont contradictoires: le Québec accuse encore un retard en matière de taux de diplomation, mais il continue de bien faire en littératie et numératie à l’échelle internationale.
«Même si on portrait souvent un réseau en crise, on arrive à atteindre plusieurs des objectifs fondamentaux de notre réseau éducatif», souligne Mme Braham.
Et avec les restrictions de dépenses annoncées, le réseau subira un virage. «Alors que ces dernières ont progressé très rapidement au cours des dernières années, elles devraient désormais croître de seulement 1,6 % par année en moyenne jusqu’en 2027.»
L’Institut se questionne à savoir comment le réseau public pourra gérer le tout, puisque plusieurs dépenses sont difficilement compressibles, comme les salaires, les postes d’enseignants.
«Il n’y a pas beaucoup de marge de manoeuvre, finalement, pour ralentir la croissance des dépenses. Il y a le fait que le nombre d’élèves devrait stagner, au cours de ces prochaines années; il va arrêter d’augmenter, donc ça va soulager un peu, ou réduire un peu les pressions. Mais on sait que les besoins par élève, eux, sont très importants. Donc, il y a un enjeu sur la complexité et la faisabilité de réduire les dépenses autant que ce qu’on a prévu», conclut Mme Braham.
«Et après, il y a la question de quels vont être les impacts d’un tel ralentissement des dépenses. Ce que nos analyses montrent, c’est qu’étant donné que le plus gros des dépenses est quand même allé sur du recrutement de personnel, qui lui est au service des élèves, ça paraît difficile de ralentir la croissance des dépenses sans toucher aux services aux élèves.»
