Hausse de 6 % des demandes d’aide à distance en prévention des surdoses

MONTRÉAL — Un service provincial de soutien en prévention des surdoses de drogue constate encore cette année une hausse des appels. «Drogue: aide et référence» lance par ailleurs un nouveau service d’accompagnement à distance en prévention des surdoses (ADPS) pour soutenir les personnes pendant qu’elles consomment.

Ce service, qui s’adresse à toute personne qui consomme seule et qui a des préoccupations, a été lancé l’été dernier. Du 25 juin 2025 au 8 janvier 2026, 204 personnes ont appelé pour l’ADPS.

«On souhaite avoir beaucoup plus de personnes qui communiquent avec le service. Au mois de juin dernier, c’était vraiment une [ouverture non officielle] qu’on pourrait dire», commente en entrevue Nancy Rocha, directrice de «Drogue: aide et référence» et initiatrice du service ADPS.

«À 200 appels, ça nous a quand même permis d’avoir une belle expérience parce que c’est un nouveau service, ajoute-t-elle. On avait beaucoup à tester, à mettre en place. Ça nous a permis de bien nous ”roder”, prendre l’expérience avant le lancement officiel qui est aujourd’hui.»

Pour les autres services de «Drogue: aide et référence», plus de 23 000 appels ont été reçus en 2024-2025, ce qui représente une hausse de 6 % par rapport à 2023-2024. Mme Rocha a fait savoir que depuis que le service a été fondé en 1993, le nombre d’appels n’a cessé de croître année après année.

Plusieurs facteurs peuvent influencer à la hausse le nombre d’appels, soulève Mme Rocha. Peut-être que les citoyens sont plus sensibilisés aux surdoses ou qu’ils connaissent mieux les ressources, avance-t-elle. «On est encouragé de voir que les gens nous appellent parce que c’est vraiment une belle démonstration que les gens vont chercher de l’aide, qu’ils ont à cœur leur bien-être, et qu’ils sont en mesure d’aller chercher des ressources qui sont à leur disposition», dit-elle.

Parmi les besoins exprimés par les utilisateurs, 47 % concernaient des traitements des troubles liés aux substances, mais seulement 1 % des appels sont pour une intervention de crise. Une personne sur dix appelle pour de l’information et 30 % pour du soutien pour troubles liés aux substances. D’ailleurs, l’alcool (32 %) est le produit le plus souvent mentionné lors des appels, suivi de la nicotine et du cannabis (15 % chacun), puis de la cocaïne (14 %). Les opioïdes représentent 3 % des appels.

Pour l’ADPS, pour le moment, plus de 70 % des appels concernent des stimulants, comme de la cocaïne.

Contamination des drogues sur le marché

«Drogue: aide et référence» est en place depuis plus de 30 ans et avait l’habitude de recevoir des appels de personnes qui appellent soit en prévention avant de consommer, pour avoir de l’information sur les substances ou après la consommation pour faire un retour sur l’expérience lors de la consommation, sur peut-être des décisions prises par la personne pour commencer une démarche, réduire ou avoir des ressources, explique Mme Rocha.

La différence avec l’ADPS est que les personnes appellent pendant la consommation, une étape très importante, souligne la directrice. «L’ADPS va vraiment répondre aux besoins des personnes qui consomment en temps réel. Compte tenu du fait qu’il y a de la contamination au niveau des substances actuellement dans le marché des substances illégales, ça fait en sorte que les gens s’exposent à des risques importants, dont le risque de carrément mourir. Et c’est pour ça que le service est si important, d’avoir une présence pendant que la personne consomme.»

L’intervenant au bout du fil demandera le consentement de la personne pour appeler les secours advenant des signes de surdose. «C’était important pour nous que les gens se sentent respectés, en sécurité, que ce soit un environnement… comme on dit un ”safe space” pour que les gens puissent vraiment nous appeler et pouvoir consommer librement sans peur, sans crainte. C’est pour ça qu’on demande à la personne de consentir dès la première communication avec nous, dès le début de l’appel, pour que ce soit très clair.»

Au Québec, 11 régions administratives sur 17 n’ont pas de service de consommation supervisée, ce qui rend le service d’ADPS d’autant plus pertinent pour ces habitants. Les données des directions régionales de santé publique montrent que la grande majorité des décès par surdose surviennent alors que les personnes consomment seules, souvent à domicile ou dans un autre lieu privé.

Pour rejoindre un intervenant d’ADPS, il faut appeler au 1 800 265-2626 et choisir l’option 2. Le service est gratuit, confidentiel, bilingue et accessible partout au Québec de 11 h 00 à 2 h 30 du matin, 7 jours sur 7. Idéalement, une personne devrait appeler juste avant de consommer.

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