Le fédéral implantera un radar arctique en terre agricole, malgré l’opposition
OTTAWA — Le gouvernement fédéral rejette les demandes de certains habitants du sud de l’Ontario qui souhaitent que d’autres sites soient trouvés pour l’implantation d’un radar transhorizon pour surveiller l’Arctique.
Le Parlement a reçu une avalanche de pétitions critiquant le ministère de la Défense nationale pour avoir racheté des parcelles de terres agricoles de qualité près de Barrie, en Ontario, pour les nouveaux sites de radar, et demandant à Ottawa de préserver ces terres.
Le gouvernement affirme que le radar à longue portée, un projet de 6 milliards $ visant à moderniser l’équipement de surveillance du NORAD, permettra de détecter plus rapidement et plus facilement les menaces dans l’espace aérien arctique.
Le gouvernement fédéral a acheté 288 hectares de terrain dans le canton de Clearview, à l’ouest de Barrie, pour y installer un site de réception d’antennes, ce qui a contrarié les résidents locaux. Il a également acquis des terrains pour un site d’émission à Kawartha Lakes, à environ 70 km au nord d’Oshawa, en Ontario.
Une réponse du gouvernement déposée au Parlement au nom du ministre de la Défense, David McGuinty, indique que le projet est soumis à des exigences «rigides» en matière d’emplacement.
Même si elles sont destinées à surveiller l’espace aérien arctique, les installations elles-mêmes doivent être construites au sud du 46e parallèle, c’est-à-dire au sud de la Transcanadienne.
Le gouvernement soutient qu’il n’avait pas été en mesure de trouver d’autres emplacements après avoir évalué des «centaines» d’options au regard de «critères techniques rigoureux». Il a indiqué avoir examiné des terrains appartenant à l’armée et consulté la province de l’Ontario ainsi que des propriétaires fonciers privés au sujet d’autres options.
«Les options d’emplacement tirées de ces discussions ont été jugées inadaptées au programme», peut-on lire dans le document.
La Défense nationale a écarté la base militaire de Borden, située à proximité, car elle est trop fréquentée et les installations auraient un impact sur les entraînements menés sur place.
Mais Doug Measures, maire de Clearview Township, a déclaré qu’il ne pensait pas qu’Ottawa ait cherché d’autres emplacements de manière très approfondie et soupçonne que le site soit construit près de la base de Borden par simple commodité.
«Il existe de nombreux sites à travers le Canada où ils pourraient l’installer s’ils continuaient à chercher», a estimé M. Measures.
«En tant que municipalité, nous ne sommes pas très satisfaits de toute cette affaire, car nous ne pouvons pas faire grand-chose.»
Il a déclaré que le projet était «très, très perturbant» pour sa communauté. Il a ajouté qu’il n’avait pas réussi à obtenir de rendez-vous avec M. McGuinty au sujet du projet et qu’il n’avait pas eu de nouvelles des promoteurs du projet depuis «plusieurs mois».
M. Measures a mentionné que la perte de terres agricoles aurait un impact négatif énorme sur sa communauté.
«L’agriculture est et reste la première activité économique du canton de Clearview, a-t-il expliqué. Les terres agricoles disparaissent. On n’en crée plus.»
M. Measures a indiqué que de nombreux agriculteurs locaux s’inquiètent de l’impact de l’installation sur le drainage, car l’eau s’écoulera par le site de réception vers les zones humides de Minesing.
Dans sa réponse, le gouvernement a indiqué que le ministère reconnaissait les préoccupations de la communauté concernant la perte de terres agricoles, mais maintenait qu’il avait besoin de cette zone en particulier.
«Pour mettre en œuvre la capacité préliminaire du RTH-A d’ici 2029, dans le cadre de l’engagement du Canada envers le NORAD, nous devons procéder à l’établissement d’un site de réception sur des propriétés acquises précédemment», a affirmé le gouvernement.
La Défense nationale a également indiqué avoir reçu des commentaires de la population locale, qui s’inquiète de l’impact que le projet pourrait avoir sur l’écosystème local, notamment sur les oiseaux nicheurs, et se demande s’il ne ferait pas baisser la valeur des propriétés locales.
Des documents déposés au Parlement l’automne dernier montrent que la Défense nationale a dépensé des millions de dollars pour racheter des parcelles de terrain dans la région en vue du projet de radar.
Le projet devrait être opérationnel d’ici 2029, mais ne sera pleinement opérationnel qu’en 2043.
La nouvelle Agence d’investissement de la Défense du gouvernement gère désormais ce projet d’acquisition prioritaire.
Le Canada collabore avec l’Australie au développement de cette technologie, qui s’appuie sur le réseau de radars opérationnels de Jindalee. Cette collaboration comprend la formation de techniciens canadiens sur le matériel en Australie.
