Mark Carney sollicite des investissements au Forum économique mondial en Suisse
OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney est arrivé lundi en Suisse pour se joindre aux élites mondiales dans la station de ski de Davos à l’occasion du Forum économique mondial, où il cherche à susciter des investissements de la part d’autres pays et entreprises.
Le forum réunit M. Carney avec des personnalités influentes qu’il a rencontrées au cours de ses nombreuses années comme banquier central et envoyé des Nations unies. Les conservateurs se sont engagés à boycotter totalement l’événement, affirmant que les participants sont déconnectés des besoins des Canadiens.
«Il s’agit clairement d’une réunion importante de ce que l’on pourrait appeler l’élite influente au niveau mondial, issue de divers horizons (et) représentant les capitaux du monde entier», a expliqué Stewart Prest, politologue à l’Université de Colombie-Britannique.
«Il peut également y avoir un élément de célébrité, et les principaux décideurs politiques du monde entier sont présents.»
Ce sommet se tient «à un moment de frustration populiste face à la politique», a noté M. Prest, ajoutant que la participation de M. Carney risquait de susciter une réaction négative des électeurs.
Mais la guerre commerciale mondiale menée par le président américain Donald Trump et ses menaces contre la souveraineté nationale rendent la participation à Davos moins risquée politiquement pour M. Carney à l’heure actuelle, a indiqué M. Prest.
«Il existe toujours une certaine méfiance à l’égard de ce type de richesse et de pouvoir mondiaux, mais on reconnaît également que les temps sont difficiles et que le Canada doit trouver des alliés partout où il le peut», a-t-il soulevé.
Le chef conservateur Pierre Poilievre a dénoncé les «élites mondialistes de Davos» et s’est engagé à interdire à tout cabinet qu’il dirige de participer au Forum économique mondial, une organisation qui a fait l’objet de nombreuses théories du complot.
M. Prest a noté que l’ancien premier ministre conservateur Stephen Harper s’était rendu à Davos en 2010 et 2012, alors que le pays se remettait de la récession mondiale et jouait encore «un rôle important dans le monde» grâce à la résilience de son secteur bancaire et à sa contribution à la mission de l’OTAN en Afghanistan. M. Poilievre était alors député dans le caucus de Harper.
«À l’époque, comme aujourd’hui, le Canada avait quelque chose à dire qui intéressait les autres pays, et M. Harper, comme tout bon politicien, en a tiré parti», a déclaré M. Prest.
«M. Poilievre faisait essentiellement partie d’un gouvernement qui participait activement à ce genre de discussions pour les mêmes raisons que celles qui poussent M. Carney à le faire.»
L’ancien premier ministre Justin Trudeau a également participé au Forum de Davos en 2016 et 2018, mais M. Prest a déclaré qu’il n’avait pas la même prestance que M. Carney lors du sommet.
«(M. Carney) est quelqu’un qui n’a pas vraiment besoin de justifier sa présence dans une conversation comme celle-ci, car il (…) comprend très clairement la macroéconomie en profondeur. Cela signifie donc que sa participation à un événement comme Davos est différente», a-t-il soutenu.
«Il parle la langue de ceux qui sont là, et ils vont s’intéresser à ce qu’il a à dire, non seulement en tant que représentant du Canada, mais aussi en tant que personne qui possède une expertise et une expérience considérables dans les domaines qui vont être abordés.»
M. Carney doit prononcer des discours mardi et mercredi afin d’attirer les investisseurs au Canada.
Il devrait quitter la Suisse mercredi et pourrait partir avant que Donald Trump ne prenne la parole à Davos, à 9 h 30, heure d’Ottawa.
L’imprévisibilité de M. Trump pourrait bouleverser l’ensemble du rassemblement, a prévenu M. Prest.
«Les États-Unis semblent vouloir troquer leur statut d’hégémon mondial, avec des intérêts et une influence dans le monde entier, contre celui d’une sorte de tyran de l’hémisphère occidental. C’est un repli remarquable. C’est un pas en arrière», a-t-il déclaré.
«Le monde, d’un point de vue réaliste, consiste à trouver des moyens de défendre sa propre souveraineté et de soutenir la prospérité de son pays, par tous les moyens nécessaires.»
