Scepticisme face à l’appel de Mark Carney aux puissances moyennes
OTTAWA — La haute-commissaire de Malaisie au Canada se dit sceptique quant à l’initiative du premier ministre Mark Carney visant à rassembler les puissances moyennes contre la suprématie des grands pays dominants du monde.
Shazelina Abidin a affirmé mardi, lors de la conférence annuelle sur le commerce organisée par l’Institut canadien des affaires mondiales à Ottawa, que le discours de M. Carney au Forum économique mondial était profond, non pas en raison de son contenu, mais parce qu’il avait été prononcé par un dirigeant du G7.
«C’est ce qui a marqué la plupart des pays du Sud», a-t-elle déclaré.
Elle a toutefois ajouté qu’il y avait eu plusieurs initiatives de ce type par le passé, mais qu’elles n’avaient pas abouti, car les critères de sélection des pays concernés n’étaient pas clairs.
«Nous ne savons toujours pas, du moins de notre point de vue, à quoi ressemblent les puissances moyennes, a-t-elle indiqué. Si vous n’êtes pas une petite puissance, que vous n’êtes pas une grande puissance ni une puissance majeure, alors vous êtes une puissance moyenne (…) Cela me semble être une définition très large, trop large pour parler d’un mouvement des puissances moyennes.»
Dans ce discours à Davos, M. Carney a déclaré que le monde était entré dans une nouvelle ère menacée par les rivalités entre les grandes puissances, et que le Canada s’efforçait de développer son commerce hors des États-Unis face aux politiques protectionnistes du président américain Donald Trump.
«Nous sommes encore en train d’examiner comment cela va se traduire», a déclaré Mme Abidin.
Alors que le gouvernement cherche à diversifier ses échanges commerciaux avec les pays de la région Asie-Pacifique, Mme Abidin a suggéré que le Canada instaure de la confiance et noue des relations, car les entreprises ne sont pas convaincues que cette volonté de diversification perdurera.
«Le Canada n’a pas su tirer parti de ses relations avec l’ASEAN», a-t-elle souligné, ajoutant que le Canada est partenaire de ce bloc depuis 1976. «On a été là, on a un peu disparu, puis on est revenu.»
«Nous avons déjà connu cela; la dernière tentative de diversification remonte à 2017, puis les choses se sont un peu calmées et le pivot n’a pas eu lieu. Quelle garantie les entreprises asiatiques ont-elles que ce pivot ou cette diversification est là pour durer ?» a affirmé Mme Abidin.
Jeff Nankivell, président de la Fondation Asie Pacifique du Canada, a affirmé que si les dirigeants ne s’engageaient pas publiquement à rejoindre la coalition, beaucoup exprimaient leur intérêt en privé.
«Je pense que le terme “puissances moyennes” est très maladroit et inconfortable pour ceux d’entre nous qui travaillons sur le terrain, a relevé M. Nankivell. Je pense que le point à retenir, et je pense vraiment que c’est le point fondamental pour le Canada dans ce contexte et pour les pays qui partagent nos valeurs, c’est qu’il vaut bien mieux mener un programme positif.»
Chinmoy Naik, haut-commissaire adjoint de la République de l’Inde au Canada, a indiqué que l’Inde évitait généralement le terme de «puissances moyennes» et s’attachait à coopérer avec des pays partageant les mêmes valeurs.
Mme Abidin a également remis en question les propos tenus cette semaine par M. Carney, selon lesquels l’ordre international serait reconstruit à partir de l’Europe. Elle a fait ces remarques lors du huitième sommet de la Communauté politique européenne en Arménie.
Mme Abidin a qualifié ces propos de «plutôt étranges».
«Je ne suis pas vraiment convaincue que le prochain ordre mondial se construira à partir de l’Europe, sachant que la plupart des pôles de la chaîne d’approvisionnement et la plupart des puissances qui font aujourd’hui bouger le commerce se trouvent en Asie», a-t-elle déclaré.
