Une grappe de centres d’intelligence artificielle étendue en Colombie-Britannique
VANCOUVER — Le ministre canadien de l’Intelligence artificielle affirme que le gouvernement libéral est conscient des risques liés à un investissement majeur dans des centres de données d’IA en Colombie-Britannique, mais que prendre de tels risques est nécessaire pour que le pays demeure concurrentiel à l’échelle mondiale.
Le gouvernement fédéral et Telus ont annoncé lundi un projet de grappe de centres d’intelligence artificielle (IA) en Colombie-Britannique, qui, selon eux, renforcera l’infrastructure informatique et d’intelligence artificielle souveraine du Canada.
Le projet annoncé par le ministre de l’Intelligence artificielle, Evan Solomon, et Telus à Vancouver comprend trois sites en Colombie-Britannique qui, selon Telus, constitueront «l’une des grappes d’infrastructure d’IA les plus puissantes et durables au monde».
«Assurer l’indépendance technologique du Canada est une priorité nationale, et cela nécessite de bâtir l’infrastructure pour la soutenir, a déclaré M. Solomon. En collaborant avec Telus, nous prenons des mesures concrètes pour renforcer la capacité d’IA souveraine du Canada et nous assurer que l’innovation, les données et les avantages économiques canadiens sont ancrés dans le pays. C’est ainsi que le Canada rivalise dans une économie dirigée par l’IA.»
Aucun coût n’a été communiqué concernant ce projet. Cependant, le gouvernement fédéral s’est engagé à investir 2 milliards $ sur cinq ans, à compter de 2024-2025, dans le cadre d’une initiative visant à identifier et à stimuler les centres de données souverains à grande échelle.
Telus indique qu’elle agrandira son centre de données existant à Kamloops et construira deux nouvelles installations à Vancouver, dans le quartier de Mount Pleasant et dans le centre-ville.
L’élargissement du centre de Kamloops et le site de Mount Pleasant ouvriront plus tard cette année, tandis que le site du centre-ville sera mis en service en 2029.
Darren Entwistle, le PDG sortant de Telus, qui prendra sa retraite à la fin juin après 26 ans à ce poste, a qualifié le projet d’«annonce capitale» pour l’avenir économique du Canada.
«Nous sommes extrêmement fiers de collaborer avec le gouvernement du Canada pour contribuer à bâtir l’infrastructure d’IA souveraine du pays, a-t-il dit. Cela servira un écosystème canadien en croissance rapide composé d’entreprises, d’entrepreneurs, de jeunes entreprises, de chercheurs, d’institutions publiques et d’organisations gouvernementales qui ont besoin d’une informatique d’IA de classe mondiale sans envoyer leurs données, leur propriété intellectuelle et leur avantage concurrentiel à l’extérieur des frontières canadiennes.»
L’annonce du projet fait suite à un appel de propositions lancé par le gouvernement fédéral du 15 janvier au 15 février dernier concernant des grappes d’IA à grande échelle. Dans un communiqué, Ben Lobb, ministre du Cabinet fantôme conservateur fédéral de l’IA, a qualifié l’annonce de «mise en scène» inutile pour stimuler le développement technologique au Canada.
«Le Canada devrait déjà être un pôle d’attraction pour les centres de données en IA, a commenté M. Lobb. Ils n’ont besoin ni de l’intervention du gouvernement ni de fonds publics. Il suffit que le gouvernement libéral cesse de faire obstacle.»
«Le gouvernement libéral n’a pas abrogé ses lois, règlements et taxes qui entravent le développement et bloquent les projets, a-t-il ajouté. Ils devraient les abandonner et nous laisser tranquilles pour que nous puissions tirer parti de nos atouts et bâtir notre avenir.»
Le gouvernement affirme que ce projet soutiendra l’innovation nationale impliquant à la fois le milieu universitaire et l’industrie.
Telus a indiqué que les trois nouveaux centres de données seraient alimentés à plus de 98 % par des sources d’électricité renouvelables et que la chaleur résiduelle des deux installations de Vancouver servirait au chauffage résidentiel.
L’intelligence artificielle fait l’objet d’un examen minutieux de la part du gouvernement fédéral depuis quelques mois, après la tuerie de masse de février à Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique, où la tireuse, Jesse Van Rootselaar, a eu des interactions troublantes avec l’agent conversationnel ChatGPT, signalées par OpenAI, mais non transmises à la police.
M. Solomon a indiqué lundi qu’il ne ferait pas de lien avec «ce que nous faisons ici», tout en ajoutant qu’un examen des protocoles de sécurité de l’IA était en cours et que «toutes les options sont envisagées».
Il a toutefois précisé que le Canada pourrait se détourner de l’IA et que la construction de centres de données canadiens s’inscrivait dans un processus global de modernisation et non dans une tentative de fermer le pays aux technologies étrangères.
«Nous développons une IA souveraine sous l’égide du Canada. La loi est stricte, mais les Canadiens continueront d’utiliser des technologies du monde entier, comme ChatGPT», a souligné M. Solomon.
«Nous ne pouvons pas empêcher les gens d’utiliser ces technologies. Nous ne le voulons pas. La souveraineté n’est pas synonyme d’isolement, mais nous avons l’obligation de protéger les Canadiens et les enfants, ce qui implique de veiller à ce que ces technologies soient sécuritaires, fiables, transparentes et conformes à la loi canadienne, comme nous l’avons mentionné.»
