S’entraîner après avoir subi un AVC: un entraînement novateur testé

S’entraîner après avoir subi un AVC: un entraînement novateur testé

Thalia Lapointe, étudiante au doctorat en Sciences biomédicales à l'Université du Québec à Trois-Rivières

Crédit photo : (Photo Marie-Eve Alarie)

SANTÉ. L’entraînement par intervalles a ses nombreux adeptes et est reconnu pour son efficacité. Pourrait-il être utilisé pour améliorer de façon marquée la condition physique des personnes ayant subi un AVC?

Thalia Lapointe, étudiante au doctorat en sciences biomédicales à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), est confiante et mène actuellement une étude pour en avoir le cœur net, dans le cadre de son doctorat.

«Quand on a subi un AVC, il y a un processus de réadaptation d’environ trois mois qui suit. Mais lorsque les gens reviennent à la maison ensuite, il y a peu d’encadrement. Pourtant, leur condition est différente d’avant leur AVC. Ils ne peuvent plus faire les mêmes activités. Alors ils ont tendance à s’isoler davantage, font moins d’activités physiques et perdent donc de l’autonomie», explique-t-elle.

Mme Lapointe estime que l’entraînement par intervalles pourrait s’avérer plus efficace que les recommandations qui prévalent actuellement en la matière. En ce moment, il est recommandé aux personnes ayant subi un AVC de l’exercice de faible à moyenne intensité de façon continue, tel que de la marche, du vélo ou de la natation.

«On croit qu’on verra un effet plus marqué si l’intensité de l’activité est plus marquée. Quand l’effort est continu, le corps trouve une zone de confort. Pour l’instant, les recommandations d’activité physique à la suite d’un AVC sont assez conservatrices. Quand l’intensité va d’élevée à faible, c’est là que le corps doit s’adapter. Par ailleurs, dans la littérature, on voit que l’entraînement par intervalles donne de meilleurs résultats. C’est de plus en plus utilisé en réadaptation cardiaque, mais ce n’est pas encore développé pour les AVC», précise-t-elle.

Des résultats encourageants

Le programme d’activité physique est déjà prêt en prévision de l’étude. En 2016, une étude pilote menée sur 12 semaines a déjà laissé entrevoir des résultats intéressants.

«On a mené cette étude pour voir si les gens embarquent bien pendant trois mois. Ils ont tous adhéré à 100% et on a eu un taux de satisfaction de 5 sur 5. D’ailleurs, des participants de l’étude pilote sont revenus pour l’étude sur un an. Après 12 semaines, certains ont même pu faire modifier leur médicamentation. On voit des changements dans leur vie», raconte Thalia Lapointe.

Elle cite en exemple un participant qui n’était plus capable de descendre dans le sous-sol de sa maison depuis deux ans. Après deux mois d’entraînement, il a réussi à y aller. «Il en était si fier! Il a aussi pu aller faire l’épicerie avec sa femme. Il n’y arrivait pas avant, car ça le fatiguait trop.»

Sur l’année complète que dure l’étude, Thalia Lapointe espère voir une amélioration de la condition physique des participants après six mois. Les niveaux d’anxiété et de dépression seront également évalués, tout comme les fonctions cognitives, puisque plusieurs développent des troubles cognitifs suite à leur AVC.

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La lutte à la haute pression

Le but de l’opération est d’améliorer la santé cardiovasculaire des gens qui ont fait un ACV grâce à l’activité physique, dans l’objectif d’améliorer le taux de cholestérol, la glycémie ainsi que la pression artérielle.

«Tout ça a un gros impact sur la qualité de vie, rappelle Thalia Lapointe. Quand la pression est trop haute, ça endommage les parois des vaisseaux sanguins, un peu à la manière de l’érosion. Ça permet au cholestérol de s’agglutiner et, à un moment, des plaques de cholestérol peuvent se détacher des parois, en raison de la pression artérielle. C’est là que ça peut venir bloquer une artère et provoquer un AVC.»

Les participants recrutés seront divisés en trois groupes. Le premier groupe suivra l’entraînement par intervalles monté par l’étudiante de l’UQTR. Un programme de musculation à domicile sera aussi fourni. Au fur et à mesure, l’accompagnement diminuera afin que le participant développe son autonomie. Des suivis téléphoniques seront toutefois effectués.

Le second groupe sera un groupe contrôle, c’est-à-dire que les participants ne feront pas d’activité physique.

Enfin, le dernier groupe fera de l’exercice en fonction des recommandations actuelles.

Avant de commencer l’entraînement, les participants feront un test d’effort pour mesurer leurs capacités. Par la suite, l’entraînement par intervalles sera adapté à la capacité de chacun pour que l’effort maximal soit à 95% de leurs capacités.

«Par exemple, on peut commencer avec huit minutes d’entraînement. Dans l’étude pilote, on voyait qu’après trois mois, on peut faire jusqu’à 40 minutes d’entraînement. À date, les gens ne trouvent pas ça nécessairement plus difficile. C’est moins monotone. Il y a des temps de récupération. Personne n’a été incapable de le faire», explique Mme Lapointe.

«On voit qu’il y a un besoin»

Des gens ayant subi un AVC provenant des quatre coins de la région ont déjà levé la main pour prendre part à l’étude, tout comme un résident de Granby.

«On voit qu’il y a un besoin. Les recommandations sont mises à jour régulièrement, mais il n’y a pas encore assez de données concernant l’entraînement par intervalles. On espère, qu’un jour, ça permettra de changer les recommandations. On veut que ce soit accessible», conclut Thalia Lapointe.

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Recrutement

Thalia Lapointe est encore à la recherche de participants pour son étude. Les participants doivent avoir subi un AVC à l’âge de 40 ans ou plus et doivent être en mesure de se déplacer pendant 10 minutes, seuls ou avec un appareil d’aide à la marche. Les entraînements ont lieu à la clinique universitaire de kinésiologie au CAPS de l’UQTR. Info: thalia.lapointe@uqtr.ca ou 819 376-5011 poste 3797

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