De l’Ironman à l’écriture: Steeve Carpentier découvre une autre forme d’endurance
SHAWINIGAN. Pendant des décennies, Steeve Carpentier a mesuré sa vie en kilomètres, en sommets gravis et en lignes d’arrivée franchies. À 57 ans, l’ancien triathlète, enseignant et aujourd’hui copropriétaire du 2800 du Parc poursuit toujours ses défis sportifs, mais un autre rendez-vous s’est ajouté à son quotidien: celui de la page blanche.
Chaque matin, après le déjeuner, il s’assoit dans son fauteuil et écrit. Parfois une trentaine de minutes, parfois près de deux heures. Sans chronomètre. Sans médaille à l’arrivée. Mais avec la même constance que celle qui l’a mené quatre fois au mythique Ironman d’Hawaï.
“Écrire, c’est un peu comme bouger. Quand je m’entraînais pour mes Ironman, ce que j’aimais, c’était le processus. Aujourd’hui, mon objectif, c’est de sortir un livre.”
Cette discipline quotidienne donnera naissance, en novembre prochain, à Les quatre saisons de l’aubergiste, un recueil de récits personnels amorcé le 18 octobre dernier, le jour même où sa fille Chloé est devenue mère.
Une discipline qui change de terrain
Depuis qu’il est enfant, l’activité physique fait partie de son identité. Même s’il a quitté les grandes compétitions, il demeure actif six jours par semaine. L’été, il privilégie le vélo; l’hiver, la randonnée alpine. Il continue aussi de créer des parcours d’endurance autour du 2800 du Parc, des défis devenus des rendez-vous prisés des amateurs de vélo d’aventure.
Mais il nuance volontiers la perception que plusieurs entretiennent de sa rigueur.
“Le monde me dit que je suis discipliné parce que je m’entraîne. Ce n’est pas ça. J’aime tellement ça que, des fois, la vraie discipline, c’est de ne pas y aller!”
Avec l’écriture, la réalité est différente. Cette fois, la discipline ne vient pas d’un besoin physique, mais d’un engagement envers lui-même.
“Quand tu écris chaque jour, tu es surpris de voir ce que ça donne à la fin de la semaine. Tu écris peut-être seulement 200 mots par jour, mais tout à coup, tu en as des milliers. Comme l’entraînement, ce sont les petits gestes répétés qui bâtissent quelque chose de plus grand.”
Plus les mois avancent, plus le parallèle s’impose. Dans les deux cas, le résultat importe moins que la régularité.
Une plume éveillée par la vie
Le projet d’écrire existait depuis longtemps. Il disait souvent à sa conjointe qu’il s’y mettrait le jour où une blessure l’empêcherait de bouger.
La blessure n’est jamais venue.
Ce sont plutôt les grands bouleversements de la vie qui ont ouvert la porte à l’écriture.
Au cours des dernières années, il a accompagné ses deux parents jusqu’à leur dernier souffle. Puis, en octobre dernier, la naissance de sa première petite-fille est venue marquer un nouveau départ.
“Ce matin-là, je me suis assis dans mon fauteuil. Je ne sais pas pourquoi, mais la plume est partie.”
Sans plan précis, sans structure établie, il a commencé à écrire son état d’âme, ses souvenirs, sa relation au mouvement, sa famille, son parcours et les saisons qui rythment sa vie d’aubergiste et de sportif.
Au fil des semaines, il a compris qu’il n’écrivait ni une autobiographie traditionnelle ni un ouvrage technique sur le sport.
“J’ai fini par comprendre ce que j’étais en train d’écrire. C’est plus un recueil de récits, avec beaucoup de philosophie, de ressenti et de réflexions.”
Le plaisir avant la performance
Celui qui s’est fixé une échéance de novembre pour publier son ouvrage reconnaît que son tempérament d’athlète l’aide à respecter son calendrier.
Une équipe composée d’un correcteur, d’une graphiste et d’illustrateurs l’accompagne déjà afin que chaque étape du projet progresse en parallèle de l’écriture.
Mais contrairement à ses années de compétition, il refuse cette fois de laisser la performance prendre toute la place.
“Peu importe ce qui arrivera avec ce livre, j’ai découvert le plaisir d’écrire. Même quand il sera terminé, je vais continuer.”
Parce que l’écriture est devenue bien plus qu’un projet d’édition.
“Ça met la table pour ma journée. J’écris ce que je ressens, ce qui m’habite, ce qui est important pour moi. C’est une prise de conscience. Une forme de thérapie.”
Le corps laisse maintenant plus de place à l’esprit
Pendant longtemps, Steeve Carpentier s’est défini par l’effort physique. Aujourd’hui, il découvre un autre territoire.
“J’ai passé ma vie à développer mon corps. Je suis en train de découvrir mon esprit et ce qui se cache en moi.”
Cette évolution, dit-il, se reflète jusque dans ses relations avec ses proches.
Ses filles lui disent qu’il est devenu plus émotif, plus sensible. Lui croit que le fait de mettre ses émotions sur papier lui permet désormais de mieux les comprendre.
À l’approche de ses 60 ans, l’homme qui continue de multiplier les défis sportifs affirme ressentir la même excitation devant une sortie à vélo que devant une matinée d’écriture.
Après avoir passé une vie à repousser les limites de son corps, Steeve Carpentier découvre que l’endurance peut aussi s’écrire.
