La Classique dans l’œil des ambassadrices : Eve Chamberland

Cette année, L’Hebdo laisse la plume à deux ambassadrices de cette 93e Classique de canots. Voici le récit de Eve Chamberland, participante en C2 avec Mike Schlimmer.

De la grande roue à la rivière

Mon plus vieux souvenir de la Classique, c’était la foire et les activités au centre-ville de Shawi. Je ne connaissais pas vraiment la course ni les canotiers… Toute ma jeunesse, j’ai plutôt fréquenté les arénas pour pratiquer le patinage artistique. Pourtant, j’ai grandi à Shawinigan. La Classique de canots a toujours fait partie du paysage. Du haut de mes 6 ans (et de la grande roue !), je n’aurais jamais pensé qu’un jour, je la vivrais de l’intérieur.

C’est en Estrie pendant mes études universitaires que tout a commencé. Une équipe de rabaska m’a proposé d’essayer. “ Toi, Eve, tu viens de Shawinigan, tu dois connaître ça la Classique ? ” À ce moment, je me suis dit qu’il faudrait bien que je la fasse au moins une fois.

J’ai commencé avec le rabaska, puis je suis tombée en amour avec le canot marathon. Pas seulement pour la course. Pour tout ce qui vient avec.

Dans un monde où nous sommes constamment devant un écran, joignables et sollicités, le canot est devenu mon bouton “ pause ”. Sur l’eau, je retrouve quelque chose de simple : la nature, le grand air, le mouvement. Parfois la pluie, parfois les couchers de soleil ou un arc-en-ciel. J’ai la chance de voir des endroits uniques et des paysages qui défilent autrement. Et quand je suis seule en C1, ça devient presque une méditation.

Parmi les trois courses de la Triple Couronne, c’est la Classique qui me touche le plus. Je la fais chez moi, devant ma famille, mes amis, mes collègues. Le portage sur la promenade du Saint-Maurice, avec la foule de supporteurs qui nous encouragent tout le long, c’est un moment assez magique. Le rapide des Forges, lui, me rappelle chaque année que la rivière mérite tout notre respect !

Près de 200 km en trois jours, c’est exigeant physiquement et mentalement. Pour moi, ce n’est pas la ligne d’arrivée qui compte le plus, mais tout le chemin qui nous y mène : les entraînements, les sacrifices, les aléas de la météo, les blessures, mais aussi les belles rencontres qu’on y fait et la résilience qu’on bâtit.

Je repense souvent à ma toute première pratique de rabaska ; après 15 minutes seulement, j’avais mal aux bras et je n’arrivais plus à suivre la cadence. Dans quelques jours, je prendrai le départ de ma 10e Classique.

C’est peut-être ça, finalement, que la Classique représente pour moi : la preuve qu’on est souvent capable de beaucoup plus qu’on le pense.