Pascal Boisvert se raconte: “Le taekwondo m’a sauvé la vie”
TAEKWONDO. Il y a des parcours qui tiennent à peu de choses. Une rencontre. Un détour. Un moment charnière. Dans le cas de Pascal Boisvert, natif de La Tuque, c’est un coup de pied, au sens propre comme au figuré, qui a changé le cours de sa vie.
“Le taekwondo m’a sauvé la vie”, lance-t-il d’entrée de jeu, sans détour.
Aujourd’hui âgé de 50 ans, celui qui a bâti pendant plus de deux décennies une école de vie à travers son club de taekwondo en Mauricie revient de loin. Très loin.
Une jeunesse “rock’n’roll”
Adolescent, Pascal Boisvert n’était pas destiné à devenir entraîneur, encore moins modèle pour des centaines de jeunes. Il se décrit lui-même comme un “bagarreur”, un jeune révolté, marqué par une enfance instable.
“J’ai été barouetté d’une place à l’autre. J’ai manqué d’encadrement, d’amour. Un enfant qui manque de ça, ça laisse des traces”, confie-t-il.
La colère, il la traînait avec lui. Et elle s’exprimait souvent de la pire façon.
“C’est rien que ça que je connaissais. Me battre.”
Jusqu’au moment où, à 17 ans, tout bascule.
La rencontre qui change tout
En thérapie pour des problèmes de consommation, il croise la route de son cousin, qui l’invite à essayer le taekwondo. Une simple invitation, mais aux conséquences déterminantes.
“Je suis tombé en amour tout de suite.”
Dans cette discipline, il trouve enfin ce qui lui manquait: un cadre, une rigueur, une direction.
Mais surtout, des figures marquantes.
“Luc Mercier m’a pris sous son aile. Sans lui, je n’aurais jamais continué. “
Le jeune homme découvre alors qu’il a du talent et qu’il peut canaliser sa rage autrement.
“Ça m’a donné un objectif. Une raison d’avancer.”
Quitter La Tuque pour se reconstruire
À la fin des années 1990, Boisvert prend une décision difficile: quitter La Tuque.
“Fallait que je change d’air. Si j’étais resté là, je n’aurais jamais avancé.”
Il s’installe en Mauricie, repart à zéro, sans moyens, sans réseau. Mais avec une idée claire: bâtir quelque chose.
En 2000, à Grand-Mère, il ouvre son premier club de taekwondo… avec trois élèves.
“On a mis nos bottes d’ouvrage. Ça a pris du temps.”
Une croissance à force de passion
Année après année, le club grandit. Lentement, mais sûrement.
Cinq élèves. Dix. Puis des dizaines.
Jusqu’à atteindre des sommets inattendus grâce à des cours parascolaires dans les écoles primaires de la région.
“À un moment donné, j’avais 11 clubs en Mauricie. On parlait de 400 à 500 élèves.”
Le modèle fonctionne. Le bouche-à-oreille fait son œuvre. Et surtout, l’approche humaine de Boisvert marque les jeunes.
“Chaque élève est différent. Je crée un lien avec chacun.”
Au-delà du sport, c’est une école de vie qu’il offre.
Discipline. Respect. Persévérance.
Des valeurs qu’il aurait lui-même aimé recevoir plus jeune.
Former des champions… et des humains
Au fil des années, plusieurs de ses élèves se démarquent sur la scène provinciale et nationale. Certains participent aux Jeux du Québec, d’autres aux championnats canadiens.
Mais pour Boisvert, la plus grande victoire n’est pas sur le podium.
“Voir un jeune arriver gêné à 6 ans, puis devenir ceinture noire, confiant… ça, c’est ma réussite “
Il parle avec émotion de ces moments où les parents ont “les yeux dans l’eau”.
“C’est là que tu sais que t’as fait quelque chose de bon.”
La pandémie, coup dur
Comme pour bien des entrepreneurs, la pandémie de COVID-19 frappe de plein fouet.
Fermetures, pertes d’élèves, climat social tendu: le club ne s’en remettra jamais complètement.
“Ça a tué ma business.”
Malgré une tentative de relance, la clientèle ne revient pas au niveau d’avant. L’élan est brisé.
Aujourd’hui, il enseigne encore, mais à plus petite échelle, avec une vingtaine d’élèves. Il a quitté le secteur Grand-Mère pour donner des cours au centre communautaire de Saint-Narcisse. Mais il compte retourner à Grand-Mère à l’automne.
Repartir… encore
À 50 ans, Pascal Boisvert se retrouve à un carrefour. Recommencer à zéro, une fois de plus.
Mais l’homme n’a rien perdu de sa détermination.
“Je vais le faire.”
Parmi ses projets: développer des programmes de taekwondo dans les communautés autochtones, particulièrement pour les jeunes filles.
“Je suis convaincu que ça peut changer des vies.”
Comme ça a changé la sienne.
Un regard sans regret
Quand il repense à son parcours, de l’adolescent turbulent à l’entraîneur respecté, Boisvert ne cache pas une certaine fierté.
“À 20 ans, je n’aurais jamais pensé me rendre là.”
Même s’il admet ne pas avoir atteint tous ses objectifs, il reste lucide.
“Les circonstances de la vie, ça met des bâtons dans les roues. Mais j’ai fait ma route.”
Et cette route, il la doit en grande partie à un sport devenu refuge.
“Sans le taekwondo, je serais soit mort… soit en prison.”
Une phrase lourde de sens.
Et la preuve qu’un simple détour peut parfois tout changer.
