Un documentaire sur la vie d’Hubert Biermans

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Par Bernard Lepage
Un documentaire sur la vie d’Hubert Biermans
Officiellement, Hubert Biermans n'a jamais eu d'enfants mais on lui prêterait une progéniture illégitime… peut-être même à Shawinigan. (Photo : Courtoisie Renald Bordeleau)

BIOGRAPHIE. La vie du philanthrope et homme d’affaires Hubert Biermans (1864-1953) fera l’objet d’un documentaire cet automne dans lequel une large place est accordée à son passage à Shawinigan entre 1900 et 1926.  

En entrevue à L’Hebdo, le réalisateur belge Olivier Vandersleyen raconte même que ce projet lui a été inspiré par une visite en 2018… de la Cité de l’énergie. «Je suis passionné par le patrimoine industriel et mon cousin qui habite Lévis m’a conseillé de venir à Shawinigan. J’ai découvert alors cette usine appelée Belgo et le rôle capital de son directeur. Ça m’a tout de suite intéressé de découvrir comment ce personnage était lié à l’histoire de la ville», explique-t-il.

Le défi était grand puisque Biermans n’a laissé que très peu de document personnel derrière lui, si ce n’est de nombreux papiers comptables. Souvent considéré comme un Belge ici à Shawinigan, l’homme d’affaires était plutôt un Hollandais né dans un petit village situé à une trentaine de kilomètres de la Belgique.

Intitulé Docteur Biermans, a true story et d’une durée de 80 minutes, le documentaire fait défiler quelques intervenants locaux comme François St-Onge, directeur des communications à Ville de Shawinigan; Jean-Marc Robitaille, ancien directeur de l’usine Belgo; quatre ouvriers de l’ancien moulin à papier; de même que Renald Bordeleau qui possède une banque de photos impressionnante de l’ancienne usine et de son directeur.

Olivier Vandersleyen suit donc son parcours depuis son enfance en Hollande, où il arrête l’école à 13 ans, jusqu’à son séjour au Congo où il est responsable de la construction d’un chemin de fer à travers le pays. «Il a appris sur le tas, mais c’était un homme qui avait le sens de l’ingénieur. Il n’a jamais eu de diplôme, mais l’Université Laval à Québec et l’Université de Louvain en Belgique lui en ont remis un honoris causa avant la fin de sa vie.»

Inconnu en Europe

C’est lors de cette expérience congolaise qu’il se fait un nom dans les hauts lieux du pouvoir en Belgique et qu’on le mandate à Shawinigan pour redresser la nouvelle usine sur le point de fermer ses portes. «C’était un homme avec un côté strict et dur en affaire, mais fondamentalement bon», soutient le réalisateur.

L’une des révélations d’Olivier Vandersleyen a été de constater qu’en dépit des millions de dollars qu’il a donnés au cours de sa vie pour soutenir différentes causes, son nom demeure quasiment inconnu en Europe. «À sa mort à Monaco, il a fait don de sa villa et d’une importante somme d’argent pour créer la Croix Rouge monégasque. Et quand j’ai parlé au président de la Croix Rouge là-bas, il n’avait jamais entendu parler de Biermans», déplore-t-il, soulignant que son nom a plus de résonnance au Québec que dans son Europe natal.

Si la crise sanitaire se résorbe dans les prochains mois, le réalisateur belge compte venir présenter son documentaire directement ici à Shawinigan. «Si je ne peux pas, je demanderai à mon cousin de le faire. C’est incontournable pour moi car Shawinigan, c’est Hubert Biermans», termine-t-il.

Presque milliardaire…

À son départ de Shawinigan en 1926, après qu’il eut liquidé l’ensemble de ses participations dans l’industrie papetière, Hubert Biermans empoche la somme de 53 millions de dollars, soit l’équivalent aujourd’hui de près de 800 millions$ canadiens.

En Europe, il possède plusieurs propriétés dont une immense maison dans son village natal aux Pays-Bas, Herkenbosch, et un château dans un quartier chic de Bruxelles, en Belgique. En France, l’industriel retraité est propriétaire d’un domaine de 420 hectares, comprenant là aussi un château, dans le département de Loiret; plusieurs maisons luxueuses à Paris; et un hôtel à Biarritz, près de la frontière espagnole. Enfin, Biermans décédera en 1953 à Monaco dans une spacieuse villa dont il fera don à la Croix-Rouge monégasque qui y a toujours ses bureaux aujourd’hui.

Je suis né à Belgoville

Au cours de ses recherches menée pour étoffer le passage d’Hubert Biermans à Shawinigan, Olivier Vandersleyen a notamment rencontré Jean Chrétien, l’ex-premier ministre du Canada qu’il avait déjà croisé en Europe puisque le réalisateur est aussi caméraman-pigiste pour des journaux télévisés.

« Il a été vraiment chouette. Il m’a parlé de son père Wellie qui a côtoyé Hubert Biermans lorsqu’il travaillait comme machiniste à la Belgo. Il était également gestionnaire à la municipalité de Baie-de-Shawinigan. »  Par l’entremise de son frère Michel qui est le gardien du patrimoine familial, Jean Chrétien lui a également fourni de précieux documents et photos pour son projet. « C’était tellement intéressant que j’ai décidé en cours de route de faire un court documentaire à partir de cette entrevue. J’ai appelé ça Je suis né à Belgoville et ça dure une vingtaine de minutes. »

Les legs d’Hubert Biermans à Shawinigan

  • Foyer Dehauffe   261 000$
  • Séminaire Sainte-Marie               100 000$
  • Association des Anciens de Shawinigan               25 000$
  • Société des bourses de Shawinigan       5000$
  • Missions africaines de Shawinigan          15 000$
  • Hôpital Sainte-Thérèse 50 000$
  • Hôpital Joyce de Shawinigan      25 000$
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