Un événement historique aux racines shawiniganaises

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Par Bernard Lepage
Un événement historique aux racines shawiniganaises
Embauchée à l'âge de 19 ans par la Sûreté du Québec de Shawinigan, Nicole Juteau devenait en 1975 la première policière au Québec. (Photo : Courtoisie Sûreté du Québec)

HISTOIRE. Le ministère de la Culture et des Communications a désigné le 11 décembre dernier l’embauche de la première policière au Québec en 1975 comme un événement historique. L’affaire n’est pas sans écho ici puisque c’est à Shawinigan que Nicole Juteau a amorcé sa carrière.

«Son embauche en 1975, pendant l’Année internationale de la femme et dans le contexte d’ébullition du féminisme, a donné accès aux Québécoises à une carrière qui était seulement destinée aux hommes, en plus de bouleverser la culture policière et l’opinion publique. C’est un fait marquant que le gouvernement du Québec tient à souligner et qui revêt une importance symbolique dans la lutte pour l’égalité des droits entre les femmes et les hommes.», peut-on lire dans la citation.

Assermentée le 11 septembre 1975, Nicole Juteau est demeurée six ans au sein du poste de la Sûreté du Québec qui patrouillait dans le secteur de Shawinigan. Preuve du caractère historique de l’événement, le gouvernement du Québec doit dans les semaines précédentes modifier un règlement qui réservait jusque-là le métier de policier aux hommes.

En entrevue à L’Hebdo en 2015, la policière à la retraite déclarait «Je venais de Montréal, je ne savais même pas c’était quoi des rangs. Quand je suis arrivée à Shawinigan, je suis tombée en amour tout de suite!»,

Tout était à faire lorsque Nicole Juteau est arrivée dans la région, à commencer par l’uniforme. «Il n’y en avait pas pour les filles. Le premier hiver j’ai patrouillé avec mon manteau de ski bleu et j’avais des souliers de sœurs», racontait-elle à la journaliste Myriam Lortie.

La policière devait constamment faire ses preuves. «Beaucoup ne m’aimaient pas et ils me le disaient clairement», se souvient-elle. Peu de ses coéquipiers ont accepté de travailler avec elle au début, et ce, même si elle avait terminé troisième aux tests physiques de sa promotion. «La Sûreté me surveillait. Si je m’intégrais bien, ils allaient engager d’autres femmes. J’avais cette pression-là.» Dans les évènements, elle attirait beaucoup l’attention, notamment au Festival Western de St-Tite. «J’étais l’attraction, ça ralentissait la circulation», raconte-t-elle en riant.

Avant l’embauche de Nicole Juteau à Shawinigan, les femmes qui travaillaient dans les corps policiers se trouvaient dans les bureaux ou les centres de détention pour femmes. Elles n’avaient pas le droit de porter d’arme à feu, ni ne disposaient de pouvoirs d’arrestation.

En 1986, un premier recensement des policières à l’échelle du pays montre qu’un peu moins de 4 % des policiers étaient des femmes. En 2017, elles représentaient 21 % des policiers assermentés.

Après son passage à Shawinigan, Nicole Juteau a joint l’escouade du crime organisé de la Sûreté du Québec qui était basée à Trois-Rivières. Le jour, elle travaillait sur des enquêtes et le soir, elle devenait agente double. Pendant les deux dernières années de sa carrière qui s’est terminée en 2001, elle veillait aux renseignements sur les motards de la région, dont les Blatnoïs de Grand-Mère et les Hells Angels de Trois-Rivières.

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Danielle
Danielle
3 mois

A 19 ans ….chapeau MADAME en plus 👍🏻